Des papables à la hauteur de la reine Doris

Qui succédera à Doris Leuthard et à Johann Schneider-Ammann le 5 décembre prochain ? Le profil des deux démissionnaires de la semaine nous offrent d’utiles indications. *

Commençons par un point commun: les deux ont été des ministres de l’économie.  Elle d’abord, très concernée par le pouvoir d’achat des Suisses, thématisant l’ ilôt de cherté. Lui ensuite, plus porté sur les conditions-cadre favorables aux industries d’exportation. Il est resté très loin des préoccupations de la population en matière d’emploi, malgré le fiasco du 9 février 2014. On voit donc qu’une même fonction peut être très diversement habitée selon les choix de l’Assemblée fédérale.

Pour le reste, le jeu des différences entre l’Argovienne et le Bernois est saisissant. En 2006, elle fut élue comme une reine, sans contestation ni frustration, après une série d’élections sous tension à propos de la place à donner à l’UDC au gouvernement. En 2010, lui fut choisi au détriment de Karine Keller-Sutter, la gauche jouant la carte du grand patron aimable avec les syndicats. On a pu mesurer la bêtise de ce minable calcul l’été dernier. Le libéral-radical n’a su ni faire progresser ni moderniser le partenariat social, d’où la crise actuelle sur les mesures d’accompagnement.

Pourquoi ce comparatif ? Après l’expérience Blocher, celle Schneider-Ammann démontre définitivement que les grands patrons ne font pas de bons conseillers fédéraux.

Prototype de la politique politicienne, présidente de son parti au moment de son élection, la démocrate-chrétienne a au contraire été une excellente conseillère fédérale. Une vraie première de classe charismatique et populaire, comme Berne en a compté trop peu ces dernières décennies: compétente pour évaluer les chances d’un projet et forger des majorités au parlement ou devant le peuple

Les patrons devenus ministres commandent et s’étonnent de ne pas être obéi. Ils ont du mal à considérer les opposants politiques comme des partenaires potentiels pour établir un compromis. Leur habileté politique est faible même si leurs succès en affaires a été tonitruant.

Il faut espérer que l’assemblée fédérale retienne la leçon : politicien à ce niveau-là, c’est un métier. Il faut souhaiter que les 246 parlementaires corrigeront la faute de 2010 et feront de Karin Keller-Sutter une nouvelle reine. Elle seule parmi les papables PLR mentionnés a le potentiel d’une Doris Leuthard.

L’autre principe qu’il faudrait admettre pour donner à la Suisse un gouvernement dynamique, c’est qu’il ne faut pas redouter d’élire des personnalités fortes. Une addition de mous ne constitue pas un bon collège. On ne choisit pas seulement des chefs de département, il s’agit de porter au plus haut niveau des femmes et des hommes qui ont le sens impérieux de l’Etat. Il faut des tempéraments qui supportent la contradiction amenée par les autres conseillers fédéraux et sont prêts à trouver un chemin pour avancer. Ils faut des générales et des généraux à l’esprit indépendant, pas des petits soldats aux ordres de leurs partis.

Au sein du PDC, un homme possède ce profil. Il connaît bien la boutique et figure déjà sur les photos du Conseil fédéral. C’est le chancelier Walter Turnheer. Il serait directement opérationnel, et compte tenu des dossiers sur la table – relations bilatérales avec l’UE et initiatives de l’UDC – ce ne serait pas un luxe.

* Article paru en italien dans l’hebdomadaire dominical tessinois Il Caffè le 30 septembre 2018:    http://www.caffe.ch/section/il_commento/

Femmes: on double la mise

Ravie que la représentation féminine au Conseil d’Etat genevois double, et ravie que se soit une élue PLR, Nathalie Fontanet !  Elle rejoint Jacqueline De Quattro dans le club des conseillères d’Etat de droite romandes où là encore elle double la représentation. On a donc actuellement en Suisse romande dix conseillères d’Etat, 7 issues du PS, deux PLR et une Verte. J’espère que c’est de bon augure pour Karin Keller-Sutter.

Pour ceux qui souhaitent une vision nationale, le tableau de l’OFS: https://www.bfs.admin.ch/bfs/fr/home/statistiques/politique/elections/gouvernement-cantonaux.assetdetail.5186041.html

 

Pourquoi Maurer et Parmelin n’ont-ils pas revendiqué le fauteuil de Burkhalter? 

Depuis 25 ans, l’UDC nous explique de manière compulsive que le Conseil fédéral ne sait pas y faire avec les Européens. Après la visite de Jean-Claude Juncker, ce 23 novembre, la surenchère rhétorique est à son comble – certains élus du « premier parti de Suisse » n’hésitent pas à parler de « trahison », ce qui n’est pas un petit mot anodin.  D’où ma question: pourquoi aucun des deux  ministres UDC n’a-t-il revendiqué en septembre dernier le Département des affaires étrangères pour enfin prendre les choses en mains et obtenir un meilleur résultat ? Pourquoi Ueli Maurer et Guy Parmelin ont-il laissé Ignazio Cassis s’installer dans le fauteuil de Didier Burkhalter?

Si l’UDC croit sincèrement que la Suisse court un grand péril à cause de la  politique européenne menée par le gouvernement, alors elle devrait en assumer sa part. Est-ce que l’on imagine le PLR se plaindre de manière récurrente de la politique économique, par exemple, et ne jamais placer l’un des siens à la tête du Département de l’économie? Est-ce que l’on imagine le PS critiquer la politique sociale sans jamais proposer de diriger le Département de l’Intérieur? Absurde? C’est pourtant dans cette absurdité que patauge la politique suisse depuis un quart de siècle: un parti gagne régulièrement les élections en faisant campagne sur un thème dont il n’a jamais essayé d’assumer la gestion départementale.

Au surplus, quand on se présente comme le plus grand parti du pays, on a vocation à y exercer la plus forte influence : alors quoi de mieux que le dossier européen, multi-enjeux et transversal, pour imprimer réellement sa marque?

Notre politique européenne verse peu dans l’idéalisme (notre politique étrangère l’est un peu plus). C’est de la Realpolitik pure et dure, marquée par la défense âpre de nos intérêts économiques, en occultant soigneusement  toute dimension politique. Il serait bon que l’UDC s’y confronte en toute honnêteté intellectuelle, plutôt que de hurler à la « trahison ».

Ignazio Cassis: le candidat italophone qui renie ses origines italiennes

En annonçant qu’il avait rendu son passeport italien, Ignazio Cassis a-t-il commis la gaffe qui le privera du Conseil fédéral ? On ne prendra pas le pari tant le lobby des caisses-maladie qui souhaite le placer au gouvernement est puissant. Mais son attitude jette une lumière crue sur son tempérament.

Voilà un libéral qui revendique le dogme de la responsabilité individuelle et qui cède sans combattre à la moindre pression venant de l’UDC. On attend d’un conseiller fédéral qu’il démontre plus de force de caractère et de résistance lorsqu’il est face à la critique.

Voilà un candidat qui clame que le Conseil fédéral doit se montrer plus courageux, et qui commet une retentissante lâcheté à la première occasion.

Voilà un homme prêt à renier ses origines et sa famille pour servir sa carrière : Ignazio Cassis est né Italien, il s’est fait naturaliser à 15 ans, c’eut été un beau symbole qu’il se revendiqua comme premier conseiller fédéral né étranger.

La question des binationaux n’est pas un petit détail. Elle a pris de l’ampleur depuis la votation sur la naturalisation facilitée de la troisième génération, en février dernier, qui a vu l’UDC mordre la poussière. Depuis cet échec inattendu, le parti nationaliste a clairement décidé d’attaquer les détenteurs de plusieurs passeports. Une lubie ethnique malsaine, qui instille l’idée que certains Suisses le sont plus que d’autres, et qu’un binational ne saurait être vraiment loyal à nos institutions.

Première remarque : si notre pays est le mélange de trois grandes cultures européennes, force est de reconnaître que nous ne descendons pas tous en ligne directe des Waldstaetten ? Nos racines européennes mériteraient d’être mieux considérées. Deuxième remarques : la double-nationalité, reflet de notre histoire migratoire mais aussi de nos histoires d’amour, est beaucoup plus fréquente qu’on ne le croit. Lors d’une discussion sur facebook, le géographe Pierre Dessemontet m’a aimablement fourni les chiffres suivants :

– 854’705 suisses sont doubles-nationaux en Suisse selon des estimations issues du Relevé Structurel (poolé 2011-2015) – auxquels if faut encore ajouter 559’542 suisses double-nationaux résidant à l’étranger (2015). Au total: 1’414’247 binationaux sur 6’855’248 citoyens suisses, ou plus de 20%.

– pour ce qui concerne les cantons, dans l’ordre Zurich en compte 177’504, Vaud 110’830, Genève 96’358, Berne 66’730, le Tessin 59’714, l’Argovie 53’196, Saint-Gall 37’538, le Valais 29’665, Bâle 27’470, Neuchâtel 26’799…

– pour ce qui concerne les nationalités, l’Italie arrive en tête avec 214’093, puis la France 97’089, l’Allemagne 66’389, la Turquie 40’281, la Serbie 35’281, l’Espagne 31’146, le Kosovo 25’753, le Portugal 24’727, la Grande-Bretagne 22’893, la Croatie 21’827, la Bosnie 21’265…

En renonçant à son passeport italien, Ignazio Cassis a raté l’occasion de rendre un formidable hommage aux capacités d’intégration de la Suisse. Ses réponses sur la question des « juges étrangers » montre qu’il préfère les mythes interprétés par l’UDC à la réalité de la Suisse telle qu’elle est. C’est décevant, c’est une faute morale.

Surtout, son attitude pointe toute l’ambiguïté de la relation que le Tessin entretient avec l’Italie. Voilà un canton qui revendique un siège au Conseil fédéral du fait de sa spécificité linguistique et culturelle, mais dont le candidat n’assume pas ses racines italiennes. C’est pour le moins paradoxal. Si on renie son italianité, comment prétendre la défendre au sein du gouvernement ?

Nombre de Tessinois soutiennent la candidature d’un des leurs en argumentant que la présence d’un italophone améliorera les relations avec l’Italie. On peut désormais douter que Rome soit favorablement impressionné par un ministre d’origine italienne qui lui a rendu son passeport avec tant d’ostentation et d’opportunisme.

La Suisse, créée en 1848 par le parti radical, est une nation de volonté, fondée sur le respect des différences et des minorités. Le 20 septembre prochain, l’Assemblée fédérale a pour mission d’élire un PLR digne de cet héritage, pas un troisième UDC.

Publié sur le site de Bon pour la tête le 26 août: 

https://bonpourlatete.com/actuel/ignazio-cassis-1

Succession au Conseil fédéral: le calvaire des femmes PLR

Pour les femmes du parti libéral-radical, il semble toujours un peu plus difficile de recueillir l’investiture du parti et son plein soutien lorsqu’elles songent à briguer l’exécutif.

Comme si pour les hommes du PLR, il était immensément plus douloureux, profondément plus insupportable, de respecter la parité que pour les socialistes ou les démocrates-chrétiens…

C’est à se demander si, dans ce parti, quelqu’un se souvient encore du rôle moteur qu’il joua dans l’acquisition du droit de vote des femmes!

Le traumatisme de l’affaire Kopp n’explique pas tout – et il date. Il y a plutôt, chez certains membres de ce parti, des reliquats de machisme qui ne s’assume même pas.

Premier exemple qui me revient en tête, Jacqueline de Quattro. Lors de la succession de Jacqueline Maurer, première femme élue au Conseil d’Etat vaudois, la section cantonale n’avait pas estimé qu’il allait de soi qu’il fallait proposer à nouveau une candidate. C’est la section femmes qui avait lancé le nom de Jacqueline de Quattro usant d’une clause des statuts que tout le monde avait oublié. Ce fut un coup de maître. Mais aujourd’hui encore, certains messieurs ne lui ont toujours pas pardonné son culot et son aplomb.

Au niveau fédéral, c’est un vrai calvaire. Les déconvenues ont été spectaculaires. Pendant des années, la Bernoise Christine Beerli, au parcours parfait (conseillère aux Etats et cheffe du groupe parlementaire), fut décrite comme favorite à la succession de Kaspar Villiger. En 2003, une majorité de l’Assemblée fédérale préféra à cette Biennoise brillante le terne Hans-Rudolf Merz, qui se révéla fort décevant par la suite.

Auparavant, en 1998, lors de la succession de Jean-Pascal Delamuraz, la Vaudoise Christiane Langenberger se porta candidate. Comme ancienne présidente de l’Association des droits de la femme, elle voulut prendre date en imposant un ticket avec un candidat et une candidate. Il fallut 5 tours pour que Pascal Couchepin l’emporte. Certes, ce n’était pas la première fois que l’Assemblée fédérale se voyait offrir le choix entre deux candidats officiels. Mais depuis cet épisode, l’habitude s’est prise à Berne d’exiger des grands partis qu’ils proposent un choix paritaire.

En 2009, lorsque Pascal Couchepin décide de s’en aller, un nom s’impose très vite dans le bal des prétendants, celui de la Genevoise Martine Brunschwig Graf. Là encore, un parcours parfait : conseillère d’Etat, puis conseillère nationale, parfaite bilingue. Elle fut écartée de la course par Christian Lüscher qui prit ensuite sa place sur le ticket avec Didier Burkhalter.

En 2010, lors de la succession de Hans-Rudolf Merz, l’heure semble venue pour une femme alémanique. Le PLR dispose d’une perle en la personne de Karin Keller Sutter, conseillère d’Etat saint-galloise. Elle fait ticket commun avec Johann Schneider-Ammann. On connaît la suite, le parti socialiste fait pencher la balance en faveur du conseiller national bernois, quand bien même ce jour là une autre Bernoise (la socialiste Simonetta Sommaruga) a déjà été élue.

Si on rembobine l’histoire, il faut bien constater que Christiane Langenberger, Christine Beerli, Martine Brunschwig Graf et Karin Keller Sutter étaient toutes des personnalités brillantes, au-dessus de la moyenne des parlementaires lambda, des femmes indépendantes, parfaitement bi, tri ou quadri lingues. On leur a pourtant chaque fois préféré d’honnêtes hommes, mais d’un calibre politique inférieur (à l’exception du duel Couchepin/Langenberger – personne ne contestera que le Valaisan ait démontré un fort tempérament au Conseil fédéral).

Après sa candidature de combat, Christiane Langenberger a été élue au Conseil des Etats, elle a aussi présidé son parti. Elle est décédée en 2015.

Christine Beerli est devenue vice-présidente du CICR. Elle porte haut les idéaux humanitaires de la Suisse.

Martine Brunschwig Graf est devenue présidente de la Commission fédérale contre le racisme. Elle est une autorité morale reconnue, au langage clair. Pas du genre à démissionner dix-huit mois après avoir été réélue au Conseil fédéral en laissant en jachère un dossier crucial pour l’avenir du pays (si je puis me permettre cette petite pique contre Didier Burkhalter dont le choix du moment reste tout de même assez énigmatique).

Karin Keller Sutter a été élue au Conseil des Etats, et il est encore permis d’espérer qu’elle accède au Conseil fédéral lorsque Johann Schneider-Ammann le quittera.

D’ici là, et même tout prochainement, on espère que la Tessinoise Laura Sadis et les Vaudoises Jacqueline de Quattro ou Isabelle Moret pourront s’imposer dans la course.

Car, si la Constitution fédérale impose une représentation équitable des régions au gouvernement, elle prescrit encore plus impérieusement le respect de l’égalité hommes-femmes.

Les trois noms que je viens de citer ont l’avantage d’assurer une meilleure parité, une représentation équilibrée des régions. Surtout, ces trois femmes sont dotées de compétences au moins équivalentes, souvent supérieures, à bien des hommes élus ces dernières décennies au Conseil fédéral.

 

Drôles d’intérêts tessinois!

La plupart des Tessinois en sont persuadés: la Berne fédérale ne comprend rien à la politique tessinoise. Ce que l’on peut dire, après l’annonce du parti libéral-cantonal de ne proposer que Ignazio Cassis comme candidat au Conseil fédéral, c’est que les Tessinois ne comprennent pas non plus grand chose à la politique fédérale.

Ce que veut l’Assemblée fédérale au moment d’introniser un nouveau Conseiller fédéral, c’est avoir le choix. Elle attend du groupe PLR qu’il propose un ticket avec deux noms. En ne proposant que Cassis, le PLR tessinois vient de diviser ses chances d’aboutir par deux. 

Désormais, les Romands sont parfaitement légitimés à présenter un candidat à la succession de Didier Burkhalter, et ils maximiseront leurs chances en mettant en avant une femme.

Cette idée que les intérêts tessinois sont solubles dans une seule personne, ce n’est pas sérieux. Surtout si cette personne est Ignazio Cassis, lobbyiste en chef des assureurs-maladie. Outre-Gothard, on croit avoir trouvé la parade à ce reproche: avant d’être élue au gouvernement, Doris Leuthard était surnommée « atomic Doris » et elle est pourtant à l’origine de la sortie du nucléaire.

Certes, mais l’énergie touche un peu moins le portemonnaie de tout un chacun que les primes d’assurance-maladie. Le nucléaire ne rogne pas le pouvoir d’achat des Suisses, année après année. Vraiment, il est étrange de vouloir associer la défense des vastes intérêts tessinois à ceux des assureurs-maladie- certainement une des corporations les moins populaires du pays.

Les Tessinois ont raison de penser que l’heure du retour de la Suisse italienne au Conseil fédéral a sonné. Mais plutôt que de donner des leçons de solidarité latine aux Romands, ils auraient mieux fait d’assumer leur ambition. En proposant deux noms, un homme, une femme, Ignazio Cassis et Laura Sadis, ils auraient coupé l’herbe sous les pieds des Romands et habilement mis la pression sur le groupe libéral-radical aux Chambres fédérales. Surtout, ils gardaient une carte dans leur jeu au cas où les liens d’Ignazio Cassis avec le lobby des assureurs se transformeraient en pesantes casseroles.

La messe n’est pas dite, l’Assemblée du parti cantonal, le 1er août prochain, pourra corriger l’erreur. Les femmes libérales-radicales aussi.

On doit à  une radicale vaudoise, Christiane Langenberger, l’habitude qui s’est installée de proposer à l’Assemblée fédérale un ticket avec deux noms (un homme, une femme, dans l’idéal et pour favoriser les candidatures féminines). C’était en 1998 lors de la succession de Jean-Pascal Delamuraz qui vit Pascal Couchepin triompher. Depuis, seule Doris Leuthard a été élue au premier tour et sans concurrence. Avec les doubles tickets, l’Assemblée fédérale a perdu l’habitude de pêcher un candidat surprise, non adoubé par son parti. Cette prérogative lui reste entière. Le PLR tessinois semble l’avoir complètement oublié, trop obsédé à ne vouloir pousser qu’un seul de ses champions.

 

Le triomphe des socialistes lausannois

Six candidats élus à la Municipalité au premier tour comme il y a cinq ans. Le triomphe de la gauche lausannoise est éclatant, un rien écoeurant, décourageant, pour ses adversaires. Il semble inattendu, mais il est terriblement logique.

Le bilan de la Municipalité sortante est bon, le travail qu’elle a effectué convient bien aux besoins de ses administrés. Surtout le parti socialiste règne en maître incontesté sur la capitale vaudoise. S’il présentait à lui seul quatre candidats, s’il briguait la majorité du Conseil municipal pour lui, sûr qu’il y parviendrait! Les alliés verts et popistes, aspirés dans son sillage, peuvent lui dire merci.

Le trio socialiste qui s’impose en tête est divinement composé: Florence Germond, la responsable des finances, maîtrise les chiffres avec brio, Oscar Tosato (qui remporte un quatrième mandat) est un homme de terrain qui pratique empathie et pragmatisme, Grégoire Junod n’a pas son pareil pour empoigner les problèmes et trouver des solutions originales, à la fois fidèle à ses valeurs, mais à l’écoute de tous les citoyens. Une femme, deux hommes, des profils et des compétences complémentaires. Deux Lausannois de souche, un naturalisé, dont la trajectoire est emblématique de la capacité d’intégration de la ville et du canton.

Il y a dans le succès socialiste quelques leçons à tirer pour les libéraux-radicaux lausannois: ce qui manque à la droite lausannoise, c’est une équipe profilée de candidats et de candidates qui puissent faire figure d’alternative. Le PLR a désormais cinq ans pour constituer une dream team.

* publié le 28 février 2016 sur le site de L’Hebdo

2015-2019: Les referendum vont faire fureur

Les urnes ont enfin parlé. Comme prévu par les sondages, l’UDC et le PLR ont gagné des sièges, le PS a stagné, les Verts ont reculé. Le PDC se maintient.

Le glissement à droite n’est pas très étonnant. En période d’incertitudes économiques, il est rare que les électeurs confient le destin du pays à la gauche. Au demeurant à Berne, le curseur oscille entre des majorités de droite, de centre droite, et parfois de centre gauche. Rien de nouveau sous le soleil de cet automne 2015.

Ce qu’il y a de paradoxal avec le score de l’UDC, c’est qu’il est parfaitement en ligne avec la vague nationale populiste que l’on voit à l’oeuvre à l’échelle européenne. Le malaise face aux effets de la mondialisation et de la crise économique ne s’arrête pas, lui non plus, aux frontières.

Mais 30 %, ce n’est pas non plus la majorité. 70 % des électeurs n’ont pas choisi l’UDC, mais d’autres partis, d’autres idées, d’autres solutions. Face à une rhétorique de rodomontades, d’exigences et de conditions, il convient de ne pas l’oublier.

Depuis dimanche, la discussion se focalise sur la composition du Conseil fédéral. Avec une inconnue de taille : Eveline Widmer-Schlumpf va-t-elle se présenter à sa réélection ? En n’annonçant pas sa décision avant, la cheffe du Département des finances a lié son sort à celui des urnes, donc à l’arithmétique. Et cet arithmétique, sous réserve des résultats des seconds tours pour le Conseil des Etats, ne lui est pas favorable.

L’UDC, elle, demande un second siège au gouvernement. Sa demande est légitime, mais le Conseil fédéral ne se compose pas seulement à l’aune de la proportionnelle. Le respect de la collégialité et la loyauté sont tout aussi importants. Au moment des hearings, les membres de l’Assemblée fédérale devront demander aux candidats des engagements précis sur ce point. Pas question de rééditer l’expérience Blocher de 2003 à 2007, désastreuse pour le pays mais aussi pour la crédibilité de l’UDC.

Pourtant au final, le nombre d’UDC présents au gouvernement importe peu. Si le Conseil fédéral ou les Chambres défont les compromis trouvés dans la réforme de l’AVS ou dans la politique énergétique, ils se heurteront à des referendum cinglants. Dans le dossier européen, un nouveau vote est programmé. Le peuple devra se prononcer sur la manière d’appliquer l’initiative contre l’immigration de masse, acceptée le 9 février 2014, en adéquation ou pas avec le maintien des accords bilatéraux.

Dans la campagne pour les élections fédérales, contrairement à il y a quatre ans, les partis ont peu eu recours au lancement d’initiatives populaires, dont le résultat final dans les urnes s’est révélé décevant. Dans la législature qui va s’ouvrir, ce sont bien les referendum qui risquent de faire fureur.

Conseil des Etats: l’exemple des conseillers d’Etat lémaniques

Question du jour: les candidats PLR lémaniques au Conseil des Etats Olivier Français et Benoît Genecand doivent-ils chercher alliance avec l’UDC, au risque de renier leurs valeurs ou leurs engagements passés?

Il me semble que aussi bien dans les cantons de Vaud que de Genève les conseillers d’Etat en place Jacqueline de Quattro, Pascal Broulis, Philippe Leuba, Pierre Maudet et François Longchamp n’ont pas eu besoin de consignes de vote de la part de l’UDC pour être -brillamment- élus.

Les électeurs, à gauche, comme à droite, n’appartiennent à aucun parti. Il n’y a qu’à voir la part grandissante de listes joyeusement panachées….

Les héros du compromis

Il y a à Berne désormais une nouvelle tradition * : le président de la Confédération élu prononce un bref discours devant l’Assemblée. Cela met un peu de solennité dans nos usages politiques très spartiates. Première à se plier à cet exercice, Simonetta Sommaruga a livré un beau discours sur la démocratie directe, que l’on devrait lire dans les écoles pour donner une leçon de civisme.

Qu’a-t-elle dit ? D’abord : « Chaque citoyenne, chaque citoyen est important. Dans aucun pays au monde les citoyens n’ont-ils autant de pouvoir et de responsabilité qu’en Suisse ». Ensuite : «  Notre culture politique doit être fondée sur le respect de celui qui professe une autre opinion que la nôtre, et sur une conviction commune : celle que la disposition au compromis est une expression de force – et non de faiblesse ».

L’aptitude au compromis, c’est donc une force de notre pays, pas une faiblesse. Trouver un chemin médian avec ses adversaires, c’est noble, ce n’est pas une capitulation. Et c’est ainsi que la Suisse a toujours avancé, et trouvé le chemin de la prospérité. Dans l’étourdissante multiplicité des votations, personne ne gagne à tous les coups, mais personne n’est systématiquement dans le camp des perdants.

Ceux qui cultivent l’art du compromis sont les vrais héros et les authentiques moteurs de la Confédération.

Mais cet art de s’entendre malgré nos différences est en péril. La politique spectacle, la personnalisation excessive des enjeux, un populisme simplificateur flattant la vulgarité, ont ruiné notre précieux savoir faire.

Quelques jours à peine après le discours de Simonetta Sommaruga, le Conseil national a mis sous tout une sortie du nucléaire. Un bijou de compromis, dû aux bons offices des socialistes et des démocrates-chrétiens qui ont oeuvré de concert pour trouver des solutions praticables. On vivra avec les centrales existantes, mais on n’en construira pas d’autres, et celles qui fonctionneront seront plus attentivement surveillées. A peine entériné par une majorité nette du National, le compromis se voit menacé d’une double opposition ; les pro-nucléaires veulent lancer un referendum parce qu’ils ne croient pas au potentiel des énergies renouvelables, et certains Verts 1).  trouvent que le processus d’arrêt ne va pas assez vite. Si un referendum est lancé, on aurait donc le cumul de deux volontés totalement antagonistes. Mettons qu’il trouve une majorité populaire, on ne sera pas sorti d’un iota de la dépendance à l’atome, et on s’illusionnera jusqu’à un prochain vote sur la possibilité de construire de nouvelles centrales. On aura donc perdu un temps considérable par manque de respect pour le compromis trouvé. C’est un autogoal stupide.

Il faut vraiment souhaiter que l’art du compromis souhaité par Simonetta Sommaruga retrouve ses lettres de noblesse sous la Coupole et dans le coeur des Suisses.

* Chronique parue en italien dans Il Caffè du 14 décembre 

Les précisions d’Adèle Thorens, co-présidente du parti,  sur la position des Verts:

http://www.hebdo.ch/les-blogs/tauxe-chantal-pouvoir-et-pouvoirs/les-h%C3%A9ros-du-compromis?esi