« Savoir qu’il a été aimé est bien plus qu’un don, c’est une délivrance. » Notes de lecture

Quelques notes de lecture tirées de « Les Prix d’excellence », de Régis Wargnier. J’ai bien aimé, même si j’ai trouvé la fin un peu abrupte, après avoir fait s’entre-croiser tant de destins et de thèmes. J’espère qu’il en fera un film…

***

« Les murs vont tomber, ceux qui séparent l’Est de l’Ouest. D’autres s’élèveront, au nom des dieux, entre citoyens d’un même pays. Mais les plus grands murs seront construits entre le Nord et le Sud, entre les possédants et les démunis. »

Cette évolution, presque brutale, des grands enjeux mondiaux, il l’attribua à ce qu’il avait dénommé « une haine aveuglante »: tout occupés à leur détestation et à s’espionner et s’affronter sans relâche dans tous les coins du globe, les deux grandes puissances avaient négligé les changements et les courants souterrains qui agitaient les peuples au sein de leurs alliances respectives. Quand ils en prirent conscience, c’était trop tard, les verrous avaient sauté de l’intérieur.  (PP. 82, 83).

***

« Allez hop, on balance tout, on va recommencer ailleurs, mais ça ne marche pas comme ça, le malheur que tu laisses derrière toi, il court, il te rattrape… » (P. 235).

***

Il y a des limites à la connaissance de l’autre, à la possibilité de l’intimité, et quelle que soit la proximité des corps. C’est aussi flagrant que l’instinct de vie, qu’on ne peut soumettre, il y a une réserve, une résistance à l’abandon, au don total. Une survie commandée par le sang, les viscères, l’esprit. (PP. 273, 274).

***

L’éducation ne se contente pas de remplir les cerveaux (« mets-toi bien ça dans le crâne »), elle plonge dans les viscères, s’y insinue, s’y délecte, glisse dans les canaux du sang, et s’y colle pour la vie.

Elle est plus forte que l’intelligence, ou la compréhension, ou la réflexion, parce qu’elle est là avant, partout, derrière les yeux, au fond de la gorge, dans l’air des poumons. Pour ceux à qui elle ne convient pas, il faut l’extirper de soi, et c’est un combat sans merci, on peut s’y blesser, s’y perdre et puis sombrer. (pp. 369, 370).

***

Chaque être est une ombre, un mystère, dont les fragments sont éparpillés, par l’oubli, par les secrets, par les mensonges, par les silences, par les chuchotements, par une main lâchée, par un regard perdu. Un jour, il faut les rassembler. (p. 413).

***

Savoir qu’il a été aimé est bien plus qu’un don, c’est une délivrance. (p.417).

***

Editions Grasset

 

 

La guerre aux journalistes

La guerre aux journalistes, qui s’est concrétisée par la vague – la mode – des fake news, est une guerre à la contradiction et à la diversité des opinions, qui sont le cœur de la démocratie, et qui sont le socle de nos libertés. C’est inquiétant, même si tous ceux qui utilisent les mots de « journaleux » et de « merdias » n’en sont probablement pas conscients.

Prétendre « notre droit est supérieur à celui des autres », c’est nier la force du droit.

A propos de l’initiative dite « pour l’autodétermination »: les souverainistes  de l’UDC veulent imposer « c’est MON droit ». Non, ce qui compte c’est de pouvoir s’appuyer sur LE droit. C’est vital pour un petit pays exportateur comme la Suisse lorsqu’il veut défendre ses intérêts à l’étranger. C’est vital pour les individus qui se sentent maltraités par un état. Le 25 novembre, il ne faudra pas se tromper, il faudra dire non à une initiative qui veut nous priver de droits, au nom d’une idéologie nationaliste nauséabonde. La vraie souveraineté passe par la participation aux décisions. Prétendre « notre droit est supérieur à celui des autres », c’est nier la force du droit.

Quand quelqu’un dit « Je ne m’occupe pas de politique »…

Le roman s’appelle « Presque une histoire d’amour », écrit par Paolo Di Paolo, un jeune prodige des lettres italiennes.

Je l’ai choisi à la bibliothèque pour son titre – bien sûr – joliment intrigant.

Outre le récit d’une relation amoureuse qui essaie de passer des balbutiements incertains à quelque chose de plus sérieux, outre une plume magnifique et un talent narratif qui réjouit, j’y ai lu quelques phrases à propos des ceux qui disent ne pas se préoccuper de politique que j’ai trouvées bougrement justes, et que j’aurais voulu formuler moi-même.  Je ne résiste pas au plaisir de les partager:

 » (…) quand j’entends quelqu’un dire « je ne m’occupe pas de politique », ça me fout en rogne. Une phrase de ce genre signifie ceci: le monde est ce qu’il est, qui suis-je donc pour le remettre en question? Voilà, cette façon de raisonner me fout en rogne. (…) Qu’est-ce qu’ils attendent des autres, ceux qui prétendent « ne pas s’occuper de politique »? Est-ce qu’ils ont le droit d’en attendre quelque chose? Est-ce que l’engagement politique ne devrait pas concerner tous les gens qui ne sont plus des enfants? »

* Paolo Di Paolo, Presque une histoire d’amour, Belfond. La citation est page 77.

Femmes: on double la mise

Ravie que la représentation féminine au Conseil d’Etat genevois double, et ravie que se soit une élue PLR, Nathalie Fontanet !  Elle rejoint Jacqueline De Quattro dans le club des conseillères d’Etat de droite romandes où là encore elle double la représentation. On a donc actuellement en Suisse romande dix conseillères d’Etat, 7 issues du PS, deux PLR et une Verte. J’espère que c’est de bon augure pour Karin Keller-Sutter.

Pour ceux qui souhaitent une vision nationale, le tableau de l’OFS: https://www.bfs.admin.ch/bfs/fr/home/statistiques/politique/elections/gouvernement-cantonaux.assetdetail.5186041.html

 

A propos du libre-échange

Trump remet en question le libre-échange, cette doctrine très anglo-saxonne qui a ouvert tant de marchés pour la plus grande prospérité de l’empire britannique puis de l’empire américain. C’est un fait.

Devant la fermeture des frontières, tous les pays ne sont pas égaux. Les Etats-Unis, comme la Russie ou la Chine, peuvent se suffire à eux-mêmes vu leur taille. Pour la Suisse, c’est un peu plus difficile.

Nous n’avons jamais été auto-suffisants, nous avons besoin d’importer et d’exporter des marchandises (et des services, et même des personnes). Nous avons besoin que ça bouge et que cela circule, cela n’exclut pas des mesures protectionnistes dans certains domaines, mais nous sommes plus dépendants en la matière du bon vouloir de nos partenaires, de leur tolérance pour nos spécificités.

Dans ce contexte, l’UE est notre partenaire naturelle (elle regroupe nos voisins), et on s’échauffe inutilement selon moi à croire qu’elle ne souhaite que notre perte, car nous sommes juste en son coeur.

Ni droite ni gauche mais européen?

En Allemagne, la « Grosse Koalition » est à nouveau scellée. En Italie, le gouvernement de « larghe intese », qui mariait le PD à Forza Italia, aura duré, contre toutes attentes, une législature entière. En France, Macron a brouillé les clivages gauche/droite et fait campagne en Européen résolu.

D’où ma question: avec le temps, la dimension supranationale européenne obligeant à gouverner de manière plus technique qu’ idéologique ne favorise-t-elle pas des gouvernements au centre, mélanges de partis de droite et de gauche à la marge de manoeuvre de plus en plus restreinte?  Et celle-ci: le profil brouillé des partis historiques classiques se fait-il  vraiment au détriment des citoyens? Les partis extrémistes au discours simpliste progressent certes, mais perdent de leur superbe dès qu’ils se mettent à exercer une parcelle de pouvoir (voir le Mouvement 5 étoiles en Italie).

Le choix serait-il à l’avenir entre une gouvernance efficace de centre gauche ou de centre droite?  Un peu à la Suisse?

Je reformule encore: est-ce si grave que les clivages se brouillent quand le socle des valeurs européennes, humanistes et républicaines, est commun?

A propos du rôle des journalistes

Dans le débat sur NoBillag, certains font peu de cas  du métier de journaliste. Ces « pôvres journaleux de gauche » n’auraient qu’à disparaître emportés par le flux numérique, chacun devenant son propre producteur d’informations….

Et bien si nous devons mourir. ce ne sera pas sans combattre, et sans redire à quoi nous servons, avons servi, et devrions servir  à l’avenir.

La fonction des journalistes, ce n’est pas seulement d’établir et diffuser de l’information, c’est aussi de vérifier, de trier et de hiérarchiser les informations.

Dans le flux continu qu’internet a créé (et où il y a beaucoup de choses formidables, j’en conviens volontiers), cette fonction au service des citoyens garde toute sa pertinence. Animer le débat public suisse en respectant la déontologie professionnelle est une des missions de la SSR. Cette mission n’est pas soluble dans la logique de marché que proposent les initiants de NoBillag.

La SSR n’a bien sûr pas le monopole de cette mission, la presse écrite, en mains privées, fait aussi son boulot, mais compte tenu de la migration des recettes publicitaires sur le net, elle a perdu la moitié de ses moyens en dix ans. Les rédactions sous pression essayent de réinventer un business model qui garantissent leur indépendance et leur pérennité, mais le moins qu’on puise dire à ce stade est que ce n’est pas gagné d’avance.

J’aimerais ajouter que la fonction des journalistes a toujours été de bousculer les pouvoirs quels qu’ils soient, afin que ceux-ci justifient de leurs actions en toute transparence démocratique. Les journalistes sont perçus « de gauche » surtout parce qu’ils portent un regard critique sur un pouvoir majoritairement à droite (pour ce qui concerne la Suisse).

Le monde du numérique géré par les algorithmes risque d’enfermer les gens dans des bulles . Le rôle des journalistes consistera plus que jamais à faire éclater ces bulles. La SSR n’est pas une bulle, elle est justement une place de village à la quelle, pour un prix raisonnable, tous les habitants de Suisse ont accès, et où ils peuvent confronter leurs points de vue. La démocratie ne peut pas vivre d’une addition de bulles.

 

Les Romands et les Tessinois? Rien à faire

Dans l’histoire No Billag, je suis un peu les discussions en Suisse alémanique, et je suis un peu effarée de voir que les conséquences d’une acceptation de cette initiative sur la RTS, la RSI et les programmes en romanche ne sont pratiquement jamais évoquées.

Les minorités linguistiques que nous sommes bénéficient très très largement de la redevance ( et cela compense l’étroitesse de nos marchés publicitaires). La SSR est la seule institution suisse linguistiquement décentralisée. Elle constitue le seul système péréquatif en faveur des minorités.

Si les partisans alémaniques de No Billag n’en ont cure, j’espère que les Romands, les Tessinois et les Romanches refuseront massivement ce stupide autogoal.

Du swissness au swiss finish, la qualité suisse à géométrie variable?

C’est amusant de voir comment le « swissness » de nos produits  d’exportation, unanimement loué, car témoignant d’une qualité supérieure et d’une fiabilité totale, devient « swiss finish » quand il s’agit de produits bancaires, et se transforme en risque potentiel.

La qualité suisse peut-elle vraiment être à géométrie variable? J’en doute.