ASIN et UDC: que d’hésitations!

Depuis le temps qu’ASIN et UDC évoquent une nouvelle initiative contre la libre-circulation des personnes, il est cocasse de voir qu’ils n’ont toujours pas tranché entre 3 variantes.

Cette valse hésitation n’est pas digne de leur inflexible « détermination » à agir dans ce qu’ils croient être l’intérêt des Suisses !

Cela conforte l’idée qu’il s’agit plus de gesticulations sur un thème perçu comme porteur au près de l’opinion pour occuper le terrain médiatique que de la recherche de vraies solutions!

Au surplus, ASIN et UDC prétendent à nouveau qu’en cas de vote favorable à leur proposition, « Il n’y aura qu’à aller négocier avec Bruxelles ». L’honnêteté intellectuelle voudrait que ces Messieurs reconnaissent que pour « négocier », il faut que l’autre partenaire soit d’accord. L’expérience du 9 février n’aurait-elle servi à rien?

Jacques Nicolet « ne fait pas Conseiller d’Etat ».

« Un conseiller d’Etat, c’est une machine à décider », m’expliquait naguère un ancien ministre radical. J’ai repensé à cette phrase, qui dit l’aplomb nécessaire à l’activité gouvernementale, en prenant connaissance de la nième gaffe du candidat Jacques Nicolet.

Voilà que notre UDC vaudois a fâché les vétérinaires ( voir l’article de 24 heures: http://www.24heures.ch/vaud-regions/jacques-nicolet-provoque-colere-veterinaires-vaudois/story/10621038 ). Encore une fois, il dit avoir été « mal compris ». C’était déjà son excuse à propos de Marine Le Pen, lorsque la RTS lui avait demandé à qui allait ses préférences dans la campagne présidentielle française.

Cela commence à faire beaucoup.

Interpellé par Nasrat Latif de la Télé qui lui demandait « qui est Charles Maurras? », Jacques Nicolet avouait ne pas savoir. Le théoricien du « nationalisme intégral » est pourtant cité dans le document de référence de l’UDC-Vaud, dont Jacques Nicolet apparaît comme le premier signataire. Le prétendant au Conseil d’Etat paraphe-t-il des documents qu’il n’a pas lu?

M. Nicolet semble avoir un réel problème avec les programmes de son parti: la pratique de la préférence nationale y est dûment mentionnée. Selon l’UDC, il faut, chaque fois que cela est possible, limiter le recours à la main d’oeuvre étrangère (nous avons même voté sur cette idée en février 2014). En devenant conseiller national, en reprenant la présidence de la plus grande section romande, M. Nicolet aurait dû cesser d’avoir recours à un vétérinaire français. Les élus, surtout ceux qui briguent les plus hautes fonctions, ne doivent-ils pas se montrer exemplaires?

Et que dire de sa formule sur les « avortements de confort » ( voir http://www.24heures.ch/elections-cantonales-2017/nos-debats/jacques-nicolet-cesla-amarelle-croisent-fer/story/18507860?track  ) ? Notre conseiller national croit-il sérieusement qu’une femme, quels que soient ses motifs, avorte par « confort »?

Que de confusions, de maladresses et d’incohérences!  Un Chef de Département doit pouvoir se faire comprendre clairement de son administration, du Grand Conseil et, évidemment, des journalistes.

La clarté et l’assurance sont des qualités minimales que les électeurs sont en droit d’attendre de ceux qui prétendent les gouverner.

On se souvient de la phrase prémonitoire de Cecilia Sarkozy, à propos du mari qu’elle s’était décidée à abandonner: « Nicolas, il ne fait pas président ».

Jacques Nicolet décidément  « ne fait pas Conseiller d’Etat ».

 

Echecs de l’UDC: une question de savoir-faire

D’où viennent les échecs à répétition de l’UDC dans les récentes élections en Suisse romande? Le désarroi des principaux concernés fait peine à voir. Les victoires étaient collectives, désormais les défaites cherchent des bouc-émissaires: Freysinger en Valais, Perrin à Neuchâtel,…

Les échecs comme le désarroi tiennent, à mon sens, de la même explication: l’UDC sait tenir des discours, mais elle n’a pas le savoir-faire, le savoir-réaliser.

Avec sa posture anti-système, anti-élites, la mouvance blochérienne soulève des questions, mais elle se révèle incapable d’y répondre.

Manque à ce parti, en tout cas en Suisse romande, la culture gouvernementale, c’est-à-dire l’obsession du résultat concret qui impacte réellement sur la vie des gens. Quand ils sont propulsés dans un exécutif, les élus UDC sont mal entourés, mal conseillés. Le discours rigide, carré, qu’ils ont tenu pour se faire élire les prépare mal à la concertation et à l’exercice de la collégialité.

Et leur parti, prisonnier de sa constante surenchère verbale et de la nécessité de choquer le chaland pour exister, ne leur est d’aucun secours.

L’UDC piégée par son goût de la provocation

L’éviction d’Oskar Freysinger au terme d’une législature repose la question de la participation des nationaux-populistes de l’UDC dans les exécutifs, depuis l’émergence de la mouvance blochérienne il y a vingt-cinq ans.

On l’avait déjà expérimenté avec Christoph Blocher lui-même, évincé du Conseil fédéral en 2007, les élus UDC les plus profilés peinent à se fondre dans le fonctionnement collégial. Leur amour de la provocation lasse dans une fonction dont on attend surtout des résultats.

Reste que, un siècle après son introduction, les Suisses s’avèrent très attachés à la représentation proportionnelle, qui permet à toutes les sensibilités de s’exprimer.

Avec 591 élus dans les législatifs cantonaux, l’UDC est le premier parti du pays. Il ne dispose pourtant que de 23, bientôt 22, conseillers d’Etat. Tous d’ailleurs ne connaissent pas le sort d’Oskar Freysinger au terme de la législature.

Le fossé entre son poids dans les législatifs et les exécutifs cantonaux tient en deux chiffres: l’UDC pèse 22% en moyenne des élus dans les Grands Conseils, mais seulement 14% de tous les conseillers d’Etat.

Le problème est surtout romand et il se focalise sur les personnalités emblématiques du parti que sont les vice-présidents: Claude-Alain Voiblet n’a jamais réussi à se faire élire au gouvernement vaudois. Yvan Perrin n’a pas tenu le choc au gouvernement neuchâtelois et s’est retiré au bout de quelques mois, victime de burn out. Oskar Freysinger, meilleur élu il y a quatre ans, affichait une énergie intacte pour poursuivre son mandat, et l’ambition de mener une révolution conservatrice. Cette surenchère lui a été fatale.

Il y beaucoup été dit que « Oskar Freysinger n’avait pas pris le costume de conseiller d’Etat ». Il y a quatre ans, son style provoquant, ses fréquentations douteuses dans les cercles de l’extrême-droite européenne, n’étaient pas inconnus des électeurs valaisans, qui se sont laissés séduire en toute connaissance de cause.

Pour l’UDC, le message est ambigu: avec ses provocations, elle séduit les électeurs et parvient même à faire passer l’écueil de la double-majorité à ses initiatives populaires. Doit-elle rentrer dans le rang, quitter ses postures anti-système? Le message des électeurs valaisans n’est pas simple à décrypter.

Entre les deux tours, on a senti Oskar Freysinger hésitant: devait-il lisser son profil ou jouer la carte de la rupture? Dans la campagne pour les élections cantonales vaudoises, Jacques Nicolet prend bien soin de ne pas faire de vague, et d’apparaître le plus consensuel possible.

Nos nationaux-populistes les plus rebelles sont condamnés à décevoir. Enfermés dans leur bulle, ils peinent à travailler avec qui ne partage pas leur vision inquiète et hargneuse du monde. Leur outrance réveille les citoyens moins politisés qui se mobilisent soudain, choqués par un spectacle qu’ils trouvent indigne.

Conclusion à discuter: le système suisse de concordance donne une chance à tous ceux qui se montrent assez forts pour gouverner. Il veut essayer avant de juger. Les appels à constituer un front républicain pour barrer la route du pouvoir aux élus UDC les plus extrémistes rencontrent peu d’écho dans un premier temps, notamment au près des autres partis de droite.

Toutefois, au terme de la législature, les élus sont jugés sur leur bilan et plus seulement sur leur discours.  Dans le cas valaisan, cet examen s’est révélé impitoyable. Pour un parti qui pratique l’exaltation de la volonté populaire comme d’autres le dogme de l’immaculée conception, la défaite n’en est que plus lourde.

 

 

 

 

L’embarras autour de RASA est très symptomatique

Je dois dire qu’il m’amuse un peu l’embarras autour de RASA, l’initiative qui veut sortir de la Constitution l’article 121 a (accepté de justesse le 9 février 2014).  Je le trouve très symptomatique de la grande frousse que provoque toute prise de position tranchée dans le dossier Suisse-Europe.

Que veulent les initiants? De la clarté. A tort ou à raison, ils pensent que le peuple a été induit en erreur par l’UDC pendant la campagne, et qu’il a cru de bonne foi qu’il pouvait voter pour le contingentement de la main d’oeuvre étrangère et maintenir les accords bilatéraux avec l’Union européenne. Le comité d’initiative RASA (Raus aus dem Sackgasse – Sortons de l’impasse) propose donc de trancher cette ambiguïté. Un oui à son texte signifie la prépondérance des accords bilatéraux et l’attachement à la libre-circulation des personnes. Un non qu’on est prêt à abandonner les accords bilatéraux avec l’UE afin de « reprendre le contrôle de notre politique migratoire. »

D’où vient l’embarras qui étreint le Conseil fédéral (qui oppose à RASA pas moins de deux propositions de contre-projet), de la plupart des partis et des milieux économiques ? RASA demande de la clarté dans un dossier européen où on patauge dans les demi-vérités et les faux-semblants depuis tant d’années que l’on ne s’en rend même plus compte! 

Un exemple: le psychodrame autour de l' »exigence » de Bruxelles de parvenir à un accord institutionnel pour régler le courant normal de nos affaires communes (et de très éventuelles divergences d’interprétation). La Commission nous demande régulièrement et officiellement depuis 2008 de trouver une solution, sans quoi elle ne négociera pas de nouvel accord. 2008, ça fait bientôt dix ans! La Suisse ne peut feindre la surprise, ni jouer l’agacement.

Vous souvient-il que « Klartext » est le nom du journal de l’UDC – SVP? L’exigence de clarté en démocratie devrait aller de soi. Clarté des propositions, clarté des décisions et des perspectives. Ou on veut collaborer avec l’Union européenne ou on ne veut pas.

Il n’est pas sain que le Conseil fédéral passe son temps à se plaindre des « exigences » de Bruxelles qui ne sont que les demandes de nos partenaires afin de poursuivre nos bonnes et fructueuses relations.

Dans notre paysage politique actuel, la proposition implacable de RASA n’est qu’une réponse au pilonnage incessant de l’UDC contre les accords bilatéraux. Elle ambitionne de mettre fin courageusement à ce champ de bataille qu’est notre politique européenne, et dans lequel les forces belligérantes seraient bien en peine d’énoncer clairement leur but de guerre, et les conditions de la paix.

Vous reprendrez bien une petite couche de RIE3…

Passionnant le déluge de commentaires qui suit le scrutin de ce dimanche 12 février. J’en ajoute encore quelques uns:

  • dans RIE3, on n’a pas assez souligné à mon sens à quel point la gauche et l’UDC ont joué à contre-emploi.
  • Traditionnellement, la gauche est favorable à l’abolition des statuts fiscaux privilégiés pour les entreprises ou les personnes physiques. Elle souhaite aussi  la mise en conformité avec les standards internationaux de probité fiscale. Le PS reste par ailleurs le moins anti-européen des partis gouvernementaux. Attaquer en referendum une réforme qui mettait fin à des pratiques jugées déloyales par l’Union européenne et l’OCDE n’allait pas de soi.  Les socialistes vont devoir donc prestement démontrer leur bonne foi dans cette affaire (ils voulaient juste un paquet plus équilibré).
  • en soutenant RIE3, l’UDC n’était pas très crédible non plus. D’habitude, elle n’est pas tendre avec les entreprises qui abusent, selon elle, du recours à la main d’oeuvre étrangère. Et les multinationales pratiquent l’embauche de talents extérieurs sans beaucoup d’états d’âme, au nom de la compétitivité. D’habitude, l’UDC est championne pour exiger que la Suisse ne cède pas aux pressions internationales. Avec RIE3, elle demandait au peuple se se soumettre aux pressions de l’UE et de l’OCDE, sans la moindre-contrepartie consolatrice. Si les critiques de Eveline Widmer-Schlumpf ont indéniablement eu un impact sur le non, il faut souligner qu’ une partie de l’électorat UDC n’a pas suivi la posture incohérente de ses dirigeants.
  • les sondages annonçaient un résultat serré, on peut donc voir dans l’ampleur du rejet de RIE3 par six votants sur dix non une grosse trace de l’exaspération des classes moyennes face au discours sacrificiel des milieux économiques, déjà vue le 9 février 2014.
  • le calendrier est serré pour mettre sous toit une RIE3bis, politiquement viable, avant 2019. La bonne nouvelle de ce dimanche, c’est qu’il suffit d’appliquer la méthode Leuthard pour réussir. Le succès de FORTA à 62% a été éclipsé par les deux autres objets de votation. Mais il faut saluer la manière habile dont Doris Leuthard a fait preuve dans la durée: des sous pour le rail (FAIF en 2014, approuvé lui aussi à 62%), puis des sous pour la route cette fois-ci, un arrosage régional bien dosé. Bref, une manière de pratiquer l’art du compromis helvétique que la démocrate-chrétienne pourrait utilement apprendre à son collègue Ueli Maurer: je consulte, je satisfais un peu tout le monde, dans un cadre raisonnable et maîtrisé, avec des chiffres et des projections sérieux à l’appui.
  • Notons encore l’attitude de la gauche qui gagne: une joie mêlée d’incrédulité. Il est vrai qu’elle n’a guère l’habitude de gagner les dimanches de votation, et qu’elle est une abonnée aux grandes baffes dans le genre « essayé, pas pu, mais il est vrai que la droite est très largement majoritaire en Suisse ».
  • A l’inverse, la droite ne sait pas vraiment perdre. Son autoflagellation depuis dimanche fait peine à voir. Avec RIE3, la droite s’est piégée elle même  comme un gosse pris les mains dans le pot de confiture. Les socialistes ont vu une chance pour eux dans ses maladresses de ré-équilibrer le rapport des forces au parlement. On verra assez vite, dans la réforme des retraites, si ils sont désormais pris au sérieux.
  • La splendide et symbolique victoire d’Ada Marra sur les naturalisations facilitées restera dans les annales. De l’abnégation, de la persévérance, la preuve délicieuse qu’en une génération, les enfants d’immigrés, devenus suisses, savent vous tricoter un beau compromis helvétique, gauche et droite raisonnables réconciliées, dont tout le monde (ou presque) est fier. Avec en prime, comme de la chantilly, une double majorité du peuple et des cantons incontestable!
  • Il y a quelques articles dans notre constitution qui portent le nom de leurs promoteurs: Weber, Minder. A ma connaissance, c’est la première fois qu’une disposition constitutionnelle tient au combat obstiné et longtemps solitaire d’une femme. Merci, Ada Marra, c’était une jolie manière de fêter le 46 ième anniversaire du droit de vote des femmes!

Trois ans pour rien

Trois ans après le vote du 9 février 2014 sur l’initiative « contre l’immigration de masse », la Suisse apparaît recroquevillée dans une impasse, en ayant verrouillé elle-même toute issue de secours.

Les outils de pilotage pour savoir où et comment les immigrés prennent – ou prendraient – la place des travailleurs indigènes font toujours défaut. Impossible de se convaincre que l’on maîtrise un tant soit peu les flux migratoires qu’une majorité a souhaité dompter. Le solde migratoire a reculé en 2016 pour la troisième année consécutive, mais c’est comme si personne n’avait rien remarqué, comme si le fait de passer de 80 000 à 60 000 n’était qu’une pure abstraction statistique.

Trois ans après leur courte victoire, les vainqueurs restent toujours aussi frustrés et mécontents. Et toujours aussi incapables de trouver la voie d’un compromis avec les autres forces politiques. Leur impuissance témoigne de la fausseté de leur promesse pendant la campagne: contingenter l’immigration tout en maintenant les autres accords bilatéraux avec l’UE. La vérité est que l’UDC a menti au peuple, mais qu’une certaine culture démocratique molle peine à lui reprocher cet authentique scandale. Pourtant, en démocratie, la victoire donne aux vainqueurs quelques responsabilités et obligations.

La détestation de l’UE est à son comble, elle est devenue le plus petit dénominateur commun entre tous les partis. Certes l’UE n’affiche guère de grandes percées qui la rende follement aimable, elle endure les revers comme le Brexit – ou l’impossibilité de coordonner sa politique d’asile – avec un stoïcisme qui frise le masochisme. Elle reste pourtant notre meilleure option de partenaire diplomatico-commercial. Pour des raisons géographiques, historiques et éthiques. La bonne entente avec l’UE vaut mieux pour un petit pays comme le nôtre que la logique des rapports de force chère à Trump et à Poutine, ou l’illusion de la franche camaraderie chinoise.

Il faudra expliquer un jour comme la Confédération, jadis si pragmatique, s’est retrouvée dans cette impasse, où elle attend que tombe la guillotine des prochaines initiatives de l’UDC, sans même tenter une manoeuvre d’esquive. Une soumission de moutons, le reniement de ses propres valeurs,  un abyssal manque de courage, l’absence de clairvoyance, le mépris de son histoire

Naturalisations facilitées et RIE III, l’UDC est incohérente

J’essaie de suivre les arguments de l’UDC contre la procédure de naturalisation facilitée pour la troisième génération d’étrangers présents en Suisse.

Je m’y perds: ce parti trouve qu’il y a trop d’étrangers, mais  aussi trop de naturalisations (ordinaires et facilitées selon les procédures actuelles). Il ne veut pas que ceux qui sont là depuis longtemps et ont démontré leur intégration deviennent suisses. Où est la cohérence?

L’UDC se bat pour le maintien de l’identité suisse. Une grande partie de notre identité, disons de notre conscience helvétique, se forge à l’école obligatoire. Mais l’UDC ne croit pas que des jeunes qui sont nés chez nous, ont suivi nos écoles, méritent un petit coup de pouce dans leur procédure de naturalisation. Comme si l’obtention du certificat à la fin de l’école obligatoire ne signifiait pas que l’on maîtrise la langue du lieu, une autre langue nationale, l’histoire et la géographie, les us et coutumes de la région,… Là encore, où est la cohérence?

Ce même parti qui pense que la Suisse subit une immigration de masse soutient la RIE III, la troisième réforme de l’imposition des entreprises. Que l’on soit pour ou contre la RIE III, on admet que cette réforme doit maintenir et doper l’attractivité de la place économique suisse (ce qui fait débat et a déclenché le referendum, c’est son impact sur les recettes fiscales des collectivités). Si notre économie reste attrayante et prospère, l’immigration va se poursuivre, de mêmes que ses effets co-latéraux dommageables dénoncés par l’UDC sur le solde migratoire, la préférence indigène,…

L’UDC devrait donc logiquement être contre la RIE III. Mais là, non plus, pas de cohérence.

Chacun est libre de ses positions sur les objets en votation le 12 février prochain. Mais ce que les citoyens sont en droit d’attendre des partis – et encore plus d’un parti gouvernemental qui occupe 2 des 7 sièges du Conseil fédéral – c’est de la cohérence entre ses diverses prises de position. Un parti, c’est une Weltanschauung (une vision du monde), pas une addition de discours désordonnée. L’exercice du pouvoir implique la responsabilité. La responsabilité exige un minimum de cohérence.

 

Initiative de mise en oeuvre: une campagne si difficile

La campagne contre l’initiative « pour le renvoi effectif des criminels étrangers » est difficile. Les opposants au texte de mise en œuvre proposé par l’UDC passent dans les débats pour de gros naïfs irresponsables « qui défendent les criminels étrangers ».  

Alors, précisons : les gens qui commettent des délits continueront à être punis selon le droit en vigueur. L’initiative ne change rien à cela. Ce dont il est question, c’est de savoir ce que l’on fait d’eux une fois qu’ils ont purgé leur peine.

Un criminel étranger venu en Suisse pour commettre un forfait, et qui ne disposait donc pas d’un titre de séjour, est aujourd’hui déjà expulsé, après avoir été emprisonné. L’initiative ne change rien à cette règle.

Le texte de l’UDC veut créer un automatisme, il récuse le rôle du juge chargé d’examiner si on va expulser un étranger habitant légalement en Suisse une fois qu’il s’est acquitté de  sa peine, ou pas. La bataille des chiffres fait rage : 3900 étrangers seraient expulsés selon la loi d’application votée par le Parlement ou 10 000 selon l’initiative. Il est douteux de prétendre que dans 6100 cas, les juges se montreront trop tendres. Laissons les faire leur boulot en conscience !

L’attitude de l’UDC face aux juges suisses étonne. Ce parti qui estime qu’il faut récuser toute intervention des « juges étrangers » ne fait pas non plus confiance aux magistrats suisses pour examiner l’opportunité d’expulser un délinquant.

Ne pas se fier aux juges pour appliquer nos lois n’est pas anodin.

Ce qui distingue une dictature d’une démocratie, c’est justement le recours possible aux juges.

Là encore, la position de l’UDC apparaît paradoxale. Dans son dernier discours à l’Albisguetli, Christoph Blocher n’a pas hésité à prétendre que « la Suisse marche vers la dictature ».

Tous les exemples historiques montrent que l’on « marche vers la dictature » quand on s’en prend aux pouvoirs du parlement et à l’intervention des juges. Avec le pouvoir exécutif, ces deux piliers constituent dans nos démocraties un équilibre des pouvoirs, qui se contrôlent et se limitent mutuellement. Les abus commencent quand le parlement et les juges n’ont plus leur mot à dire, et que le couperet de la loi s’abat automatiquement sans la moindre possibilité de recours.

On redoute ces temps-ci beaucoup l’expansion du terrorisme. Les enquêtes menées sur le parcours de vie de ceux qui sèment la terreur montrent souvent que leur rage nihiliste s’est nourrie d’un sentiment d’injustice. Rendre la justice correctement et pas à la va vite est donc un impératif sécuritaire. Deux millions d’étrangers vivent chez nous, dont beaucoup sont nés en Suisse. Veut-on vraiment nourrir leur sentiment d’injustice, deux poids deux mesures, en les expulsant automatiquement vers leur pays d’origine biologique alors que leurs amis suisses, auteurs des même forfaits, seraient considérés comme ayant payés leurs detttes à la société après avoir été condamnés ? Sous cet angle, l’initiative de l’UDC est une vraie bombe à retardement pour notre sécurité.

* texte paru en italien dans Il Caffè

Conseil fédéral: boule de cristal et tentation

Qui sera élu au Conseil fédéral ? Que voyons nous dans notre boule de cristal ? Si il est vrai que Christoph Blocher veut l’élection de Thomas Aeschi, alors, il faut rappeler que cet homme rate rarement ses coups.

Lors des deux premiers tours de l’élection, les députés UDC auront le droit d’exprimer leur préférence. Mais ensuite, fini de rire, ce sera du sérieux:  ils recevront la consigne de voter Aeschi. Au sein du plus grand groupe de l’Assemblée fédérale, même si certains n’ont pas aimé le résultat de mois de manœuvres internes pour désigner les candidats, la discipline de vote est de fer. Comment d’ailleurs ne pas obéir au principal bailleur de fonds du parti ? Le tribun d’Herrliberg ne laissera rien au hasard.

Chez les libéraux-radicaux, Norman Gobbi n’a pas la cote : trop étatiste pour ces gens épris de libéralisme. Guy Parmelin ne soulève pas l’enthousiasme.  Thomas Aeschi avec ses belles manières de consultant devrait y recueillir le plus de voix.

On ne sera alors plus très loin de la barre de la majorité : 124 voix – si tous les parlementaires sont présents.

Paradoxalement, c’est le parti socialiste qui va jouer les faiseurs de roi, et départager les trois candidats officiels.  La probabilité qu’il soutienne Norman Gobbi est faible – le Tessinois paie là les outrances populistes de la Lega. Le PS pourrait décider d’embêter l’UDC en votant pour le Vaudois Parmelin, cédant à cette triste manie de certains politiciens de porter au Conseil fédéral une personnalité plutôt fade pour ne pas avantager son parti d’origine.

Les stratèges de gauche, tentés par une vendetta contre Blocher, devraient réfléchir à deux fois. La dernière fois qu’ils ont redouté l’avènement d’un profil acéré au gouvernement, lors de la succession de Hans-Rudolf Merz en 2010, ils ont donné la victoire à Johann Schneider-Ammann au détriment de Karin Keller-Sutter, au prétexte que l’entrepreneur de Langenthal était épris de partenariat social. Ils ont même renié leur penchant féministe. Or le chef du Département de l’économie s’est révélé très décevant, particulièrement au chapitre de nouvelles mesures d’accompagnement à la libre-circulation des travailleurs réclamées à cor et à cri par la gauche et les syndicats.

Elire Parmelin juste pour barrer la route de Aeschi et contrarier Blocher serait un mauvais calcul. Tôt ou tard, et malgré toute la bonne volonté qu’il mettra à accomplir sa tâche, le Vaudois sera répudié par son parti, traité de demi conseiller fédéral comme ce fut le cas pour Samuel Schmid. L’UDC jouera les martyrs et réclamera un  troisième fauteuil au Conseil fédéral pour être vraiment « correctement représentée.»

Le système politique suisse est parvenu à un point où il peut, où il doit, oser la confrontation avec les idées blochériennes que Thomas Aeschi incarne sans fard et avec une sincérité désarmante. 

texte paru en italien dans Il Caffè de ce dimanche 6 décembre