Blocher: 35 ans de réflexion

Christoph Blocher quitte le Parlement pour pouvoir se consacrer à l’essentiel, dit-il, son combat contre l’Union européenne.

Il ne prend pas sa retraite.

Il ne la prendra jamais.

J’observe juste que il a été élu au Conseil national pour la première fois en 1979. Passer 35 ans à Berne pour s’apercevoir que l’essentiel est ailleurs…. c’est un peu fort de café.

Mépriser l’activité parlementaire et ceux qui s’y dédient n’est guère élégant, et pas très patriote.

Pour en juger par vous-même la citation de sa lettre:

« Pour me permettre de consacrer tout mon temps à ces deux principaux projets, il est indispensable d’écarter certaines activités secondaires. Mon travail parlementaire en fait actuellement partie.

L’efficacité du Parlement a fortement baissé à la suite d’une bureaucratisation outrancière de cette institution. La conséquence est que le travail parlementaire prend toujours plus de temps, si bien

qu’aujourd’hui il n’y a plus guère que des parlementaires professionnels aux Chambres fédérales. Voilà pourquoi je remets mon mandat de conseiller national pour le 31 mai 2014. »

Je ne comprendrai jamais pourquoi cet homme qui met la Suisse au-dessus de tout dévalorise à ce point ses institutions!

Et vos voisins zurichois, M. Blocher?

Cher Monsieur Blocher,

Donc, nous, Romands qui avons voté non à votre initiative aurions « une consciences nationale plus faible »?

Permettez moi de vous dire que pour penser un truc pareil, il faut avoir une compréhension très déficiente de qu’est la Suisse, de ce que fut son histoire, un respect faible du fédéralisme et des minorités.

Mais surtout, une question: vos voisins et vis-à-vis de la Goldküste zurichoise, votre canton de Zuriche, que dis-je votre fief électoral historique, ont-ils aussi « une conscience nationale plus faible » eux qui ont voté en majorité comme nous les Romands non à votre initiative contre l’immigration de masse?

Et les Bâlois, dont vous avez racheté le journal, ils ont aussi « une conscience nationale plus faible »? Et les Zougois?

Dans votre interview scandaleuse, vous pointez du doigt que Zurich est une ville rouge-verte. Les communes de la Goldküste zurichoise qui ont voté non, vos voisins, vos vis-à-vis de part et d’autre du Lac, sont-ils passés à gauche?

Le président de votre parti Toni Brunner avoue ce matin dans le Blick que « le clivage ville-campagnes lui donne mal au ventre », mais est toujours incapable de donner le moindre chiffres sur la manière dont il faudrait limiter l’immigration. Je ne permettrai pas de juger la conscience nationale du président du plus garnd parti de suisse, mais je trouve que son sens des responsabilités est « faible ».

Nous les Romands avons perdu cette votation de 2014, comme nous avions perdu celle de 1992. Vous ricanez, heureux de ce nouveau bon coup. Mais quelque chose a changé, M. Blocher. Votre canton, Zurich, n’est plus derrière vous.

Maurer à Bruxelles

S‘il faut renégocier avec l’Union européenne, alors envoyons Ueli Maurer à Bruxelles.

Evitons la décennie perdue post 6 décembre 1992.

L’UDC discréditera tout résultat de renégociation avec l’UE obtenu par Didier Burkhalter, donc il faut mettre l’UDC devant ses responsabilités.

C’est un peu simple de la part des élus UDC de dire que « la balle est dans le camp du Conseil fédéral. »

Dès sa prochaine séance, le Conseil fédéral doit confier le DFAE à Ueli Maurer par un vote du collège.

(sous réserve du vote ZH, pas disponible à 16h39)

Classement des parlementaires: où sont les Romands?

La Sonntagszeitung a publié son habituel classement des parlementaires. Pas sûr que l’on adopterait les mêmes critères et que l’on parviendrait aux mêmes résultats de ce côté-ci de la Sarine. Mais c’est toujours intéressant de voir comment nos champions régionaux sont perçus. Même si ce type de hit-parade a le don d’horripiler nos élus nationaux… surtout quand ils ne squattent pas les premiers rangs.

1 à 25

Urs Schaller (PDC/FR), le Romand alémanique, comme titre le journal, arrive en tête. Il est aussi le premier Fribourgeois.

Christophe Darbellay (PDC/VS) est 4e (et premier Valaisan)

Viola Amherd (PDC/VS) 6e

Christian Levrat (PS/FR) 7e

Roger Nordmann (PS/VD) 13e (et premier Vaudois)

Jean-François Steiert (PS/FR) 25e

26 à 50

Carlo Sommaruga (PS/GE) 31e (et premier Genevois)

Stéphane Rossini (PS/VS) 38e

Robert Cramer (Verts/GE) 42e

Géraldine Savary (PS/VD) 44e

Isabelle Moret (PLR/VD) 46e

De 50 à 100

Dominique de Buman (PDC/FR) 53e

Christian Luscher (PLR/GE) 54e

Luc Recordon (Verts/VD) 58e

Jean-René Fournier (PDC/VS) 60e

Jean-Fraçois Rime (UDC/FR) 61e

Liliane Maury-Pasquier (PS/GE) 68e

Antonio Hodgers (Verts/GE) 70e

Didier Berberat (PS/NE) 73e (et premier Neuchâtelois)

Guy Parmelin (UDC/VD) 81e

Claude Hêche (PS/JU) 82e (et premier Jurassien)

Laurent Favre (PLR/NE) 83e

Adèle Thorens Goumaz (Verts/VD) 84e

Ueli Leuenberger (Verts/GE) 85e

Anne Seydoux-Christe (PDC/JU) 86e

Luc Barthassat (PDC/GE) 87e

Ada Marra (PS/VD) 89e

Oskar Freysinger (UDC/VS) 91e

Hugues Hiltpold (PLR/GE) 97e

De 101 à 200

Jacques-André Maire (PS/NE) 121e

Yves Nigegger (UDC/GE) 130e

Jacques Bourgeois (PLR/FR) 136e

Josiane Aubert (PS/VD) 139e

Christian Van Singer (Verts/VD) 140e

Cesla Amarelle (PS/VD) 148e

Jean-Christophe Schwaab (PS/VD) 153e

Raphaël Comte (PLR/NE) 162e

Jacques Neirynck (PDC/VD) 164e

Jean-René Germanier (PLR/VS) 167e

Jean-Paul Gschwind (PDC/JU) 173e

Pierre-François Veillon (UDC/VD) 177e

Isabelle Chevalley (Vert’lib/VD) 178e

René Imoberdorf (PDC/VS) 181e

Céline Amaudruz (UDC/GE) 183e

Yannick Buttet (PDC/VS) 184e

Manuel Tornare (PS/GE) 189e

Olivier Français (PLR/VD) 198e

Pierre-Alain Fridez (PS/JU) 199e

Au delà du 200e rang:

André Bugnon (UDC/VD) 204e

Mathias Reynard (PS/VS) 205e

Maria Bernasconi (PS/GE) 206e

Jean-Pierre Grin (UDC/VD) 207e

Fathi Derder (PLR/VD) 210e

Eric Voruz (PS/VD) 215e

Olivier Feller (PLR/VD) 217e

Christine Bulliard-Marbach (PDC/FR) 220e

Valérie Piller Carrard (PS/FR) 221e

Francine John-Calame (Verts/NE) 224e

Mauro Poggia (MCG/GE) 233e

Histoire et UDC: faudrait savoir….

Stupéfiante cette polémique estivale sur les « juges étrangers ». Didier Burkhalter et ses services n’ont pas encore ramené de Bruxelles la moindre ligne d’accord négocié et accepté par  la partie adverse que, déjà, on s’époumone, on s’indigne, on vitupère. Parmi ces réactions, il y en a une que je ne comprends guère, c’est celle de l’UDC.

Si j’ai bien suivi Ueli Maurer en Chine, on peut tirer un trait sur le massacre de Tian’anmen, vieux de moins de 25 ans. Si j’ai bien suivi Oskar Freysinger, il n’y a pas lieu de revenir sur le massacre de Srebrenica datant de 1995.

Alors s’ils veulent tirer un trait sur l’Histoire d’il y a moins d’une génération, pourquoi les mêmes nous convoquent-ils des faits remontant à plus de 700 ans ?

C’est incohérent.

Maurer et Tian’anmen

On peut reprocher beaucoup de choses à l’UDC (et nous ne manquons pas de le faire au risque de se faire taxer de « maniaque » ou d' »hystérique »), mais jusqu’ici on avait bêtement cru que ce parti était sincèrement du côté du peuple et de la liberté, contre la tyrannie (la définition de ce que recoupe vraiment ces trois mots pouvant varier). C’est pourquoi les propos de Ueli Maurer sur le massacre de la place Tian’anmen sont proprement scandaleux et indignes, de la part d’un président de la Confédération, et de la part d’un élu UDC.

Pour que chacun puisse se faire son opinion, ci-dessous la restranscription de ses propos à la radio alémanique:

Question du journaliste: «Vous avez rendu visite à une division blindée, ce qu’aucun chef d’État occidental n’a fait jusqu’ici. Êtes-vous conscient que la propagande chinoise pourrait l’interpréter comme une réhabilitation de son image? Ça serait mauvais, car l’armée a tiré sur le peuple et a réprimé le mouvement démocratique dans le sang».

Réponse du Président de la Confédération: «Je pense que nous pouvions tirer un trait sur cette affaire depuis longtemps. Le DDPS entretient des liens réguliers avec la Chine depuis 15 ans. C’était très intéressant de voir comment se passe l’instruction des troupes. J’ai beaucoup apprécié l’esprit d’ouverture de mes hôtes».

Neuchâtel, erreurs du passé et promesses d’avenir

Neuchâtel ouvre une nouvelle législature avec quatre élus entrant, et un sortant dont l’expérience gouvernementale date de quelques mois. C’est une configuration jamais vue. D’autres cantons ont connu de grands coups de balais – conjugant départs volontaires ou non réélection – mais jamais de cette ampleur.

Avec l’élection de Monika Maire-Hefti, le canton conjure la perspective d’être le seul à ne pas compter de femmes dans son éxécutif. Un collège composé de cinq hommes aurait constitué un pur scandale. A l’avenir, il faut que tous les partis, à droite comme à gauche, préparent, profilent et proposent des hommes et des femmes. N’y avait-il vraiment aucune femme au PLR neuchâtelois pour briguer un poste au gouvernement?

La part des femmes dans les conseils d’Etat reste inférieure à 25%, il y a encore beaucoup de boulot à accomplir à cette échelle du pouvoir suisse pour obtenir la parité!

Avec l’élection d’Yvan Perrin, on a désormais la certitude que celle d’Oskar Freysinger en Valais n’était pas un accident local. Si l’UDC a retrouvé sa place dans les exécutifs romands, elle le doit à la faiblesse du PLR. La preuve par le cas vaudois. L’an dernier, le PLR a placé dès le premier tour ses trois champions, Pascal Broulis, Jacqueline de Quattro et Philippe Leuba, alors que l’UDC Claude-Alain Voiblet (stratège du parti à l’échelle romande) n’est pas parvenu à inquiéter les candidats de la gauche, ni au premier, ni au second tour.

A Neuchâtel comme en Valais, ce sont les erreurs tactiques dans le choix des candidats, pour cette élection ou lors de précédentes, qui ont discrédité les libéraux-radicaux. Les procédures de sélection sont à revoir: un peu moins de copinage, un peu plus de lucidité sur les qualités et les défauts des papables.

Les succès de Perrin et Freysinger doivent aussi beaucoup à leur engagement personnel: en une décennie, ils ont conquis une visibilité médiatique et une notoriété qui devaient tôt ou tard leur ouvrir les portes d’un éxécutif. Avant eux, le popiste Josef Zisyadis avait connu cette bonne fortune: extrêmement populaire, il conquit un siège au gouvernement vaudois à la faveur d’une élection partielle. Mais, la greffe ne prit pas, il y eut des problèmes de collégialité, il ne parvint pas à se fondre dans le collège, et ses collègues même ceux de gauche (auxquels le popiste offrait une majorité) n’aidèrent guère à l’incorporer.

C’est le défi qui attend Perrin et Freysinger – sauront-ils prendre part à la dynamique gouvernementale, et les autres sauront-ils les aider à se transformer en ministres efficaces, à égalité de considération avec leurs pairs? Quel que soit le canton, les libéraux-radicaux sont écartelés entre l’envie de rompre avec une UDC dont ils ne peuvent partager les valeurs, mais dont le poids électoral est crucial pour ne pas laisser la gauche s’emparer des exécutifs. Mais les alliances électorales sont une chose, les responsabilités gouvernementales une autre: quand on est élu, on se doit de gouverner avec ceux que les citoyens ont choisi. On doit en tout l’essayer, loyalement, dans le respect du suffrage universel.

Après les mésaventures valaisannes et neuchâteloises, une réflexion s’impose pour le PLR suisse, qui devrait déboucher sur une stratégie nationale. Reprofilage du parti sur ses valeurs fondamentales ou alliance avec l’UDC? Pour la survie du PLR, il serait bon de trancher la question une bonne fois pour toute avec clarté.

Quant au parti socialiste, il apparaît une fois encore comme une redoutable machine à fournir des ministres. Chez lui, les problèmes de relève sont mieux gérés que dans d’autres partis.

Traumatisés par les affaires à répétition de la dernière législature, tous les élus neuchâtelois du jour ont juré de se montrer collégiaux. La manière dont Yvan Perrin sera incorposé au collège sera un premier test. Mais ce que l’on sait aussi, à la lumière des déboires d’autres cantons, c’est que les épreuves passées soudent les équipes, et leur procurent un surcroît de pragmatisme et d’efficacité. C’est tout ce que l’on souhaite au nouveau gouvernement neuchâtelois.

Deux cantons romands, Vaud et Neuchâtel, ont désormais un exécutif de gauche et un Grand Conseil de droite. Une donne difficile qui oblige chaque camp à se positionner avec finesse. Mais un laboratoire intéressant en ces temps où la démocratie souffre d’être trop souvent une succession d’intérêts partisans…