Pierre Maudet a toujours rêvé du Conseil fédéral, l’origine d’une légende?

De Pierre Maudet, les journalistes disent et écrivent qu’il a toujours « rêvé » d’aller au Conseil fédéral. Lui dément y avoir pensé depuis son premier coup de rasoir.

J’essaie une autre hypothèse : tous les journalistes qui ont rencontré Pierre Maudet, depuis que celui-ci a mis un orteil sur la place publique, ont été épaté par lui, surtout les journalistes politiques (dont je fus) en mal d’élus charismatiques, nostalgiques d’une époque où le tempérament, l’engagement et les idées n’étaient pas considérés comme des défauts. D’où l’espoir et les prophéties auto réalisatrices qu’un jour peut-être ce talent accède au plus haut niveau pour le plus grand bien du pays.

Je veux encore rappeler ici que dans le genre « ce petit a du potentiel « , les journalistes sont en honorable compagnie avec Pascal Couchepin qui le nomma alors à la tête de la Commission fédérale de la jeunesse (manière de commencer à lui constituer un peu de réseau à Berne).

Course au Conseil fédéral: le canton d’origine, une notion à relativiser

Course au Conseil fédéral. Sur les histoires de région et d’appartenance cantonale, on arrive à un moment de vérité.

Pierre Maudet, c’est le type de conseiller d’Etat que tous les cantons rêvent d’avoir: une capacité de réflexion et de réalisation hors du commun, du charisme et de l’énergie.

Se souvient on encore que naguère c’était le canton d’origine et pas le lieu du parcours politique qui était déterminant pour l’élection au Conseil fédéral, qui a ainsi compté deux anciens syndics de Lausanne en même temps (Graber, élu sur le quota neuchâtelois, et Chevallaz sur le vaudois)?

Ensuite on a tenu compte du parcours politique, et après encore on a fait sauter la clause cantonale et permis la présence de deux conseillers fédéraux issus d’un même canton.

Il faut donc relativiser.

La revendication du Tessin est légitime.

Celle de Genève pas moins.

Et celle de Vaud aussi.

Dans ces 3 cantons latins, il y a des personnalités politiques PLR de premier plan.

La discussion devrait s’orienter maintenant sur le meilleur profil pour gouverner, sans oublier qu’à brève échéance la question du genre va se poser avec acuité (merci à Doris Leuthard de l’avoir rappelé).

Les Vaudois aiment la cohérence dans la durée

Cela fait 15 ans que les Vaudois composent leur gouvernement selon l’équilibre 4/3, d’abord en faveur de la droite, puis à partir de 2011 en faveur de la gauche. C’est peut-être dans l’attachement à cette permanence qu’il faut chercher les raisons de la défaite de la droite au second tour de l’élection du Conseil d’Etat: en ayant l’air de vouloir passer à 5/2, en donnant l’impression de souhaiter un rapport de forces plus brutal (bien qu’appuyé sur sa majorité au Grand Conseil), la droite a eu les yeux plus gros que le ventre. Une victoire s’improvise rarement  à la dernière minute, elle se construit dans la durée.

Les Vaudois n’ont pas eu envie de corseter « leur » Pierre-Yves Maillard, champion du combat contre les primes d’assurance-maladie toujours plus chères, et qu’ils aiment presque autant que Pascal Broulis, meilleur élu du premier tour. Ils ont gardé un mauvais souvenir de la période d’avant 2002 où seuls deux élus de gauche siégeaient au Château.

Et ils sont manifestement attachés à la présence d’un ministre vert. C’est en 1994 que Philippe Biéler a conquis le siège, 23 ans donc, quasiment une génération. Dans le rôle d’appoint majoritaire, les Verts ont pris la place de l’UDC. Le parti blochérien échoue pour la troisième fois à reprendre le fauteuil occupé de 1998 à 2011 par feu Jean-Claude Mermoud. La fiction d’une section vaudoise plus agrarienne, surtout agitée en période électorale ne convainc plus les Vaudois. La radicalisation du parti suisse, ses discours de plus en plus extrémistes,  y sont certainement pour beaucoup. Après Fribourg, Neuchâtel et le Valais, l’UDC échoue a replacer l’un des siens dans un gouvernement romand.

Les libéraux-radicaux auraient-ils la main plus heureuse en osant partir à quatre candidats ou en s’alliant avec le PDC? Avant de couler dans le bronze la pérennité de l’alliance avec les Vert’libéraux et l’UDC, ils devraient se poser ces questions. Le fossé entre eux et l’UDC va continuer à s’accroître avec les initiatives annoncées contre le droit international et la libre-circulation. Les électeurs aiment la cohérence dans la durée, ils ne cessent pas d’être suisses quand ils votent vaudois.

Les démocrates-chrétiens, même faibles à l’échelle vaudoise, sont des alliés plus solides que les Vert’libéraux, qui vont se déchirer après la cavalcade opportuniste d’Isabelle Chevalley.

Quoi qu’il en soit, avant de parier sur l’un ou autre, le PLR doit surtout prendre l’initiative d’un travail programmatique. Le socle de l’alliance rose-verte est solidement construit, il s’ancre dans le succès lausannois depuis 1989.

A intervalles réguliers, et même si cela crée des tensions internes , et qu’il devient périlleux de gérer les égos et les carrières, socialistes et verts parviennent à mettre sur orbite de nouvelles personnalités, dont personne ne doute des capacités à gouverner. Le PLR a un peu plus de difficultés à installer  sur le devant de la scène de nouveaux talents. Il n’en manque pourtant pas, notamment féminins – mais ce parti peine encore et toujours à laisser les femmes y jouer le premier rôle.

Le signal est pourtant clair, presque aveuglant: comme en 2012, les Vaudoises et les Vaudois ont élu ce printemps une majorité de femmes au Conseil d’Etat.

En matière de casting, l’UDC n’arrive pas à profiler des personnalités. Même si la nature des élections est différente, il est frappant de constater que Jacques Nicolet qui avait 6795 voix de moins que Cesla Amarelle au Conseil national en octobre 2015 n’a pas réussi à remonter son handicap. Ce 21 mai, 6564 voix le sépare de la socialiste. Il est vrai qu’à  Berne, la socialiste s’est vite imposée comme une brillante parlementaire, efficace et constructive, alors que son collègue UDC est totalement resté dans l’ombre.

A noter: l’ « effet Parmelin » sur les sections romandes de l’UDC, et dans le propre canton du Conseiller fédéral, a été totalement inopérant.

Autre permanence de cette élection en deux actes, la majorité des membres du gouvernement vaudois reste d’origines étrangères: Pascal Broulis a un père grec, Cesla Amarelle, Nuria Gorrite et Béatrice Métraux sont naturalisées.  Cela montre l’extraordinaire capacité d’intégration du canton.

 

Elections vaudoises: le statu quo?

Drôle de collision d’actualités électorales: d’un côté, on assiste médusé et inquiet à la présidentielle française la plus imprévisible – et la plus dangereuse – de l’histoire de la Vième République; de l’autre, on se désole d’une campagne pour les cantonales vaudoises apparemment trop lisse. Au Nord du Léman, l’enjeu ne serait que de connaître le score des uns et des autres, et de compléter l’équipe en place d’une unité dans la plus parfaite des continuités…  Un sondage a hier achevé de tuer le suspense (et peut-être de démobiliser ceux qui imaginaient utile d’aller exprimer des préférences ou satisfecit.) http://www.24heures.ch/vaud-regions/cesla-amarelle-partie-entrer-conseil-etat-vaudois/story/17629643

Je ne partage pas cette morosité désabusée. Pour plusieurs raisons:

  1. on ne peut pas exclure des surprises, une élection n’est jamais gagnée d’avance pour qui que ce soit, surtout si elle se déroule en deux tours. Certaines élections se jouent parfois à quelques centaines de voix. C’est faire injure aux petits candidats de donner à croire que leur engagement ne sert à rien, et que les préoccupations qui les animent et qu’ils portent dans les débats sont inaudibles. (Souvenons nous du Valais, où un inconnu, Frédéric Favre- radical certes – s’est frayé un chemin au Conseil d’Etat en quelques semaines).

2. majorité de gauche ou de droite au Conseil d’Etat, ce n’est pas un détail, même si la collaboration se veut « dynamique », je préfère « constructive », entre ses membres. La composition du Grand Conseil, l’équilibre des forces, le poids des petits partis, ce ne sont pas non plus des points de détails.  Le législatif n’est pas une chambre d’enregistrement, sa qualité tient aussi beaucoup aux individualités qu’il s’agit d’y élire – et pas seulement aux partis représentés. N’est-ce pas parmi eux que se trouveront celles et ceux qui brigueront un siège au gouvernement la prochaine fois?

3. majorité de femmes ou d’hommes au Conseil d’Etat, ce n’est pas non plus un détail. http://chantaltauxe.ch/conseil-detat-vaudois-une-majorite-de-femmes-cest-un-enjeu/

4. les journalistes aiment le bruit et la fureur des campagnes politiques – cela fait plus de grain à moudre – mais il n’est pas sûr que les citoyens éprouvent le même besoin de spectacle ou de petites phrases assassines. Face à une actualité mondiale devenue très incertaine, voire angoissante, ils apprécient la stabilité de leurs gouvernants. Voyez le Conseil d’Etat neuchâtelois – au bilan bien moins éclatant que son homologue vaudois – réélu in corpore, malgré les critiques. Il n’y a pas de placidité vaudoise, ni de fatale mollesse, il y a un gouvernement qui a dans l’ensemble très bien fait le job, et dont les succès et réalisations gomment comme par enchantement les revers ou sources d’agacement.

5. avec le retrait d’ Anne-Catherine Lyon, l’actuel collège perd sa doyenne de fonction, celle qui était déjà là, tout comme Pascal Broulis (élu le même jour mais moins bien), quand les autres sont arrivés.  La dynamique du gouvernement doit beaucoup à la socialiste, dont elle fut un rouage essentiel. Anne-Catherine Lyon formait avec Pascal Broulis un tandem moins médiatique mais pas moins efficace que celui que le ministre des finances constitue avec l’actuel président du Conseil d’Etat Pierre-Yves Maillard. Juriste de formation comme elle, elle a ensuite entretenu une relation complice avec Jacqueline de Quattro, puis avec les deux dernières figures féminines Béatrice Métraux et Nuria Gorrite. On a beaucoup dit d’Anne-Catherine Lyon qu’elle avait pacifié l’école vaudoise, elle a eu ce même effet consensuel sur le fonctionnement du collège (très conflictuel avant 2002). Quelle que soit la composition du nouveau collège, il devra se reconfigurer.

6. par commodité, on imagine que la ou le nouvel élu(e) reprendra le Département de la Formation et de la jeunesse, les débats ont donc beaucoup porté sur la suite à donner à la réforme de la loi sur l’enseignement obligatoire (LEO). Mais un conseiller d’Etat n’est pas qu’un chef de Département, c’est un septième du pouvoir. Ses succès, ses faiblesses ou ses erreurs rejaillissent sur les autres, surtout dans un gouvernement qui a multiplié la gestion croisée des gros dossiers, impliquant plusieurs départements. Le bien de l’école vaudoise est une responsabilité collective – les moyens que lui accorde ou pas le ministre des finances ont une influence, tout comme le statut du personnel, deux dossiers en mains respectivement de Pascal Broulis et de Nuria Gorrite.

7. à chaque nouveau venu, le gouvernement re-réfléchit à son organisation administrative: si les titulaires de département ne changent pas, les services parfois bougent au gré des envies personnelles, équilibres politiques ou compétences particulières. Ce genre de changement n’est pas anodin non plus.

8. on oublie qu’avant d’être cette mécanique parfaitement huilée, le gouvernement vaudois a connu une décennie de crise. La Constituante a servi de thérapie de groupe, et remis les institutions en place. Elle a notamment exigé un programme de législature qui dès l’aube de leurs travaux communs lie les sept élus entre eux. Elle les a aussi doté d’outils de prospective qui les oblige à anticiper les priorités sur le long terme. L’effet de ces outils sur les débats – et la campagne – me semble sous-estimé. La chose mériterait en tout cas une investigation plus fouillée.

9. enfin la responsabilité de la lisse campagne n’incombe pas seulement à ses protagonistes candidats mais aussi à ses animateurs. S’ils ne se disputent pas entre eux, au nom de la collégialité, qu’est-ce qui empêche les journalistes de les mettre sous pression collectivement, par exemple sur les enjeux numériques ou démographiques ou les priorités d’investissement?  Il y a dans ces trois domaines assurément matière à polémique.

10. enfin bis, un siège ayant été libéré, la discussion sur la relève ou la législature de trop s’est totalement éteinte. C’est dommage: la limitation que les socialistes s’impose fait-elle sens, d’autres partis devraient-ils se l’appliquer? n’est-elle pas au contraire un formidable gâchis de compétences? comment les plus anciens des ministres en place entendent-ils rester efficaces? ou encore, ne surestime-t-on pas le poids des ministres, quid de l’administration et des hauts fonctionnaires?

11. il est clair que si les actuels conseillers d’Etat vaudois sortant – ou au minimum deux ou trois d’entre eux – avaient un bilan totalement nul, la campagne serait plus animée. Des semaines de passion et de fièvre après cinq ans de souffrance ou d’énervement, en somme. Je préfère une campagne un peu lisse à un gouvernement inefficace, offrant le douloureux spectacle de son impuissance. Pas vous?

 

 

Jacques Nicolet « ne fait pas Conseiller d’Etat ».

« Un conseiller d’Etat, c’est une machine à décider », m’expliquait naguère un ancien ministre radical. J’ai repensé à cette phrase, qui dit l’aplomb nécessaire à l’activité gouvernementale, en prenant connaissance de la nième gaffe du candidat Jacques Nicolet.

Voilà que notre UDC vaudois a fâché les vétérinaires ( voir l’article de 24 heures: http://www.24heures.ch/vaud-regions/jacques-nicolet-provoque-colere-veterinaires-vaudois/story/10621038 ). Encore une fois, il dit avoir été « mal compris ». C’était déjà son excuse à propos de Marine Le Pen, lorsque la RTS lui avait demandé à qui allait ses préférences dans la campagne présidentielle française.

Cela commence à faire beaucoup.

Interpellé par Nasrat Latif de la Télé qui lui demandait « qui est Charles Maurras? », Jacques Nicolet avouait ne pas savoir. Le théoricien du « nationalisme intégral » est pourtant cité dans le document de référence de l’UDC-Vaud, dont Jacques Nicolet apparaît comme le premier signataire. Le prétendant au Conseil d’Etat paraphe-t-il des documents qu’il n’a pas lu?

M. Nicolet semble avoir un réel problème avec les programmes de son parti: la pratique de la préférence nationale y est dûment mentionnée. Selon l’UDC, il faut, chaque fois que cela est possible, limiter le recours à la main d’oeuvre étrangère (nous avons même voté sur cette idée en février 2014). En devenant conseiller national, en reprenant la présidence de la plus grande section romande, M. Nicolet aurait dû cesser d’avoir recours à un vétérinaire français. Les élus, surtout ceux qui briguent les plus hautes fonctions, ne doivent-ils pas se montrer exemplaires?

Et que dire de sa formule sur les « avortements de confort » ( voir http://www.24heures.ch/elections-cantonales-2017/nos-debats/jacques-nicolet-cesla-amarelle-croisent-fer/story/18507860?track  ) ? Notre conseiller national croit-il sérieusement qu’une femme, quels que soient ses motifs, avorte par « confort »?

Que de confusions, de maladresses et d’incohérences!  Un Chef de Département doit pouvoir se faire comprendre clairement de son administration, du Grand Conseil et, évidemment, des journalistes.

La clarté et l’assurance sont des qualités minimales que les électeurs sont en droit d’attendre de ceux qui prétendent les gouverner.

On se souvient de la phrase prémonitoire de Cecilia Sarkozy, à propos du mari qu’elle s’était décidée à abandonner: « Nicolas, il ne fait pas président ».

Jacques Nicolet décidément  « ne fait pas Conseiller d’Etat ».

 

Echecs de l’UDC: une question de savoir-faire

D’où viennent les échecs à répétition de l’UDC dans les récentes élections en Suisse romande? Le désarroi des principaux concernés fait peine à voir. Les victoires étaient collectives, désormais les défaites cherchent des bouc-émissaires: Freysinger en Valais, Perrin à Neuchâtel,…

Les échecs comme le désarroi tiennent, à mon sens, de la même explication: l’UDC sait tenir des discours, mais elle n’a pas le savoir-faire, le savoir-réaliser.

Avec sa posture anti-système, anti-élites, la mouvance blochérienne soulève des questions, mais elle se révèle incapable d’y répondre.

Manque à ce parti, en tout cas en Suisse romande, la culture gouvernementale, c’est-à-dire l’obsession du résultat concret qui impacte réellement sur la vie des gens. Quand ils sont propulsés dans un exécutif, les élus UDC sont mal entourés, mal conseillés. Le discours rigide, carré, qu’ils ont tenu pour se faire élire les prépare mal à la concertation et à l’exercice de la collégialité.

Et leur parti, prisonnier de sa constante surenchère verbale et de la nécessité de choquer le chaland pour exister, ne leur est d’aucun secours.

Conseil d’Etat vaudois: une majorité de femmes, c’est un enjeu!

Il est de bon ton de prétendre qu’il n’y a pas de grands enjeux autour de l’élection du Conseil d’Etat vaudois, que majorité de gauche ou de droite, avec six sortants qui partagent un excellent bilan, on ne verrait pas une immense différence… je ne suis pas sûre que l’on soit seulement dans les nuances de gris. Mais qu’importe, pour moi, il y a aussi un autre enjeu, tout aussi important: le maintien d’une majorité de femmes au gouvernement. Alors que dans bien des secteurs, le plafond de verre écrase les talents féminins, j’aimerais bien que Vaud, mon canton, pionnier pour les droits de la femme, poursuive cette fructueuse expérience de pouvoir majoritairement en mains de Conseillères d’Etat, cinq années de plus.

L’UDC piégée par son goût de la provocation

L’éviction d’Oskar Freysinger au terme d’une législature repose la question de la participation des nationaux-populistes de l’UDC dans les exécutifs, depuis l’émergence de la mouvance blochérienne il y a vingt-cinq ans.

On l’avait déjà expérimenté avec Christoph Blocher lui-même, évincé du Conseil fédéral en 2007, les élus UDC les plus profilés peinent à se fondre dans le fonctionnement collégial. Leur amour de la provocation lasse dans une fonction dont on attend surtout des résultats.

Reste que, un siècle après son introduction, les Suisses s’avèrent très attachés à la représentation proportionnelle, qui permet à toutes les sensibilités de s’exprimer.

Avec 591 élus dans les législatifs cantonaux, l’UDC est le premier parti du pays. Il ne dispose pourtant que de 23, bientôt 22, conseillers d’Etat. Tous d’ailleurs ne connaissent pas le sort d’Oskar Freysinger au terme de la législature.

Le fossé entre son poids dans les législatifs et les exécutifs cantonaux tient en deux chiffres: l’UDC pèse 22% en moyenne des élus dans les Grands Conseils, mais seulement 14% de tous les conseillers d’Etat.

Le problème est surtout romand et il se focalise sur les personnalités emblématiques du parti que sont les vice-présidents: Claude-Alain Voiblet n’a jamais réussi à se faire élire au gouvernement vaudois. Yvan Perrin n’a pas tenu le choc au gouvernement neuchâtelois et s’est retiré au bout de quelques mois, victime de burn out. Oskar Freysinger, meilleur élu il y a quatre ans, affichait une énergie intacte pour poursuivre son mandat, et l’ambition de mener une révolution conservatrice. Cette surenchère lui a été fatale.

Il y beaucoup été dit que « Oskar Freysinger n’avait pas pris le costume de conseiller d’Etat ». Il y a quatre ans, son style provoquant, ses fréquentations douteuses dans les cercles de l’extrême-droite européenne, n’étaient pas inconnus des électeurs valaisans, qui se sont laissés séduire en toute connaissance de cause.

Pour l’UDC, le message est ambigu: avec ses provocations, elle séduit les électeurs et parvient même à faire passer l’écueil de la double-majorité à ses initiatives populaires. Doit-elle rentrer dans le rang, quitter ses postures anti-système? Le message des électeurs valaisans n’est pas simple à décrypter.

Entre les deux tours, on a senti Oskar Freysinger hésitant: devait-il lisser son profil ou jouer la carte de la rupture? Dans la campagne pour les élections cantonales vaudoises, Jacques Nicolet prend bien soin de ne pas faire de vague, et d’apparaître le plus consensuel possible.

Nos nationaux-populistes les plus rebelles sont condamnés à décevoir. Enfermés dans leur bulle, ils peinent à travailler avec qui ne partage pas leur vision inquiète et hargneuse du monde. Leur outrance réveille les citoyens moins politisés qui se mobilisent soudain, choqués par un spectacle qu’ils trouvent indigne.

Conclusion à discuter: le système suisse de concordance donne une chance à tous ceux qui se montrent assez forts pour gouverner. Il veut essayer avant de juger. Les appels à constituer un front républicain pour barrer la route du pouvoir aux élus UDC les plus extrémistes rencontrent peu d’écho dans un premier temps, notamment au près des autres partis de droite.

Toutefois, au terme de la législature, les élus sont jugés sur leur bilan et plus seulement sur leur discours.  Dans le cas valaisan, cet examen s’est révélé impitoyable. Pour un parti qui pratique l’exaltation de la volonté populaire comme d’autres le dogme de l’immaculée conception, la défaite n’en est que plus lourde.

 

 

 

 

Elections cantonales: le retour de l’enfant prodigue

Est-ce le signe qu’au pays de la démocratie de milice, les carrières politiques se professionnalisent malgré tout? Est-ce l’indice que la politique est une passion dévorante, à laquelle les plus addictifs ne sauraient renoncer que contraints et forcés? S’agit-il juste de recyclage de politiciens élus très jeunes au plus haut niveau? Le nombre de candidats aux exécutifs cantonaux qui reviennent de Berne ne cesse d’augmenter. Le retour de l’enfant prodigue, qui regagne ses terres cantonales après avoir fait une belle carrière au Palais fédéral, est un scénario de plus en plus prisé.

Cela n’a pas toujours été le cas. Naguère le cursus honorum des élus helvétiques était tout tendu comme une ligne droite vers Berne, l’arrivée au Parlement vue comme un couronnement. On commençait ses classes à l’échelon communal, on grimpait ensuite au Grand Conseil. Puis, les plus doués ou les plus chanceux étaient envoyés à Berne, dans l’une ou l’autre Chambre.

Enfin, un cercle encore plus restreint se voyait inscrit sur la liste des « papables pour le Conseil fédéral », avec des chances plus ou moins fantaisistes d’être la bonne personne, du bon canton et du bon parti au bon moment.

Désormais les chemins électoraux sont plus zigzaguants. Ainsi, en Valais, Christophe Darbellay brigue le Conseil d’Etat, après avoir accompli trois législatures au Conseil national, et une brillante présidence du PDC. Sur la même liste, Roberto Schmidt, conseiller national de 2007 à 2011, puis à nouveau depuis 2015, envisage un comeback. De même, le socialiste Stéphane Rossini, après quatre législatures au Conseil national (qu’il a présidé en 2015, souhaite également faire profiter les Valaisans de ses hautes compétences.

Dans le canton de Vaud, c’est Cesla Amarelle qui court pour le troisième siège socialiste au Conseil d’Etat. Arrivée au Parlement en 2011, cette professeure de droit s’y est fait tôt remarquer. On ne peut pas en dire autant de Jacques Nicolet, élu en 2015, et qui rêve déjà de prendre le Château sous les couleurs de l’UDC.

A Genève en 2013, ce sont trois « Bernois » qui ont été élus d’un coup au gouvernement cantonal: le Vert Antonio Hodgers, le démocrate-chrétien Luc Barthassat et le MCG Mauro Poggia. Au Conseil national depuis 2003, le socialiste Carlo Sommaruga vient d’annoncer qu’il sera candidat à la candidature pour l’échéance de 2018.

Au Conseil d’Etat neuchâtelois, Laurent Favre et Alain Ribaux sont eux aussi d’anciens conseillers nationaux. Avant eux, l’UDC Yvan Perrin avait tenté le grand saut, tout comme le socialiste Jean Studer (alors conseiller aux Etats). Le premier passa comme une météorite au gouvernement (13 mois), alors que le second en devint l’homme fort (pendant sept ans).

A Fribourg, le Conseil d’Etat est traditionnellement un tremplin pour le Conseil des Etats. Ce fut le cas notamment pour les PDC Urs Schwaller et Beat Vonlanthen. Cette année, le socialiste Jean-François  Steiert a inversé la tendance. Il a enfin pris pied dans le gouvernement cantonal après avoir marqué de son empreinte pendant un quart de siècle la vie politique fédérale (comme secrétaire du parti socialiste, puis comme conseiller national).

Aucun ministre jurassien actuellement en place n’a passé par Berne. Mais le jeune canton a connu par le passé les allers et retours de Pierre Kohler.

En Valais, Jean-Michel Cina (qui ne se représente pas) puis Oskar Freysinger ont joué le retour de l’enfant prodigue. Peter Bodenmann avait aussi fait sensation en 1997 en devenant le premier élu socialiste au gouvernement cantonal, après avoir longtemps présidé le parti socialiste suisse.

Dans le canton de Vaud, les retours gagnants au Château depuis Berne ont été rares: Pierre Chiffelle en 2002 puis son successeur Pierre-Yves Maillard en 2004. Le plus grand canton romand s’est longtemps signalé pour l’inverse: l’envoi de ses ministres au Parlement fédéral. Ce cumul est interdit par la nouvelle Constitution de 2003.

A noter, plusieurs exemples de passage du Conseil national  à la tête d’une ville suisse: les socialistes Yvette Jaggi comme syndique de Lausanne, Elmar Lederberger à Zurich, ou plus récemment le vert Alec Von Graffenried à Berne.

Budgets cantonaux à la roulette russe

Dans la campagne pour les élections du 18 octobre, il est un sujet qui a été peu évoqué : la situation financière des cantons. Les moyens dont vont disposer les cantons pour s’acquitter de leurs tâches de proximité dépendent pourtant beaucoup des règles fixées par Berne. *

Un chantier en cours devant le Parlement va avoir un impact massif sur les recettes : la réforme des entreprises III. Elle doit supprimer les niches fiscales concédées à des entreprises étrangères et unifier les taux d’imposition avec les sociétés du cru. Comme tous les cantons n’ont pas usé de la même manière de ces outils de dumping fiscal (ou de développement économique – selon le regard que l’on porte sur eux), tous ne sont pas touchés de la même manière par cette mise en conformité avec les standards européens (pas de discrimination entre les entreprises étrangères et nationales).

Sauf que dans la liste des cantons qui risquent de perdre des recettes figurent ceux qui sont contributeurs à la péréquation financière (RPT), ce mécanisme de redistribution des richesses entre régions. Prenons un exemple pour mieux comprendre : si Genève perd trop de substance fiscale avec la RIE III, il lui deviendra difficile de verser au pot commun ce qui bénéficie aux petits cantons et même au grand Berne (qui reçoit 1 milliard de francs grâce à la RPT). Les chambres doivent notamment décider à quelle hauteur les cantons seront indemnisés : Eveline Widmer-Schlumpf a proposé d’essuyer 50 % des pertes, mais les principaux concernés voudraient 60 %.

Ce grand chambardement survient au moment où la plupart des budgets cantonaux sont fragilisés par une baisse des recettes. A Neuchâtel, le franc fort a déjà commencé à rogner les bénéfices des entreprises, d’autres cantons ont livré des projets de budgets déficitaires ou tout juste équilibrés grâce à des mesures d’économie.

Paradis fiscal, Zoug envisage d’augmenter ses impôts pour faire face à ses charges, notamment la RPT, dont il conteste le calcul avec véhémence.

Jeudi dernier, la CdC, la conférence des gouvernements cantonaux, a annoncé qu’elle vient de créer un groupe de travail pour améliorer les règles de la péréquation. Siègeront sous la présidence de Franz Marty, ancien directeur des finances schwytzoises, trois conseillers d’État de cantons à fort potentiel de ressources et trois conseillers d’État de cantons à faible potentiel de ressources. Le but : éviter que les régions généreuses à force de se sentir trop pressées comme des citrons cassent ce fin mécanisme de solidarité confédérale. Une menace de referendum des cantons existe. 

Avec le franc fort, RIEIII et la RPT, on joue les recettes cantonales à la roulette russe. Il n’aurait pas été inutile de demander aux candidats aux Chambres fédérales de se positionner sur ces enjeux.   

* Texte paru en italien dans Il Caffè du dimanche 4 octobre 2015