Affaire Dittli : aux origines politiciennes d’un monumental petchi

Face à l’affaire Dittli et à la crise gouvernementale actuelle, une question étreint les Vaudoises et les Vaudois : comment en est-on arrivé là, comment ce canton qui a tout pour bien faire est-il retombé si bas, après le prodigieux essor qui fut le sien à partir des années 2000 ? Affaibli dans les années 1990 par des problèmes budgétaires et de gouvernance, Vaud s’était remis sur de bons rails grâce à la psychothérapie de groupe que fut la Constituante et à l’émergence de nouvelles générations d’élus. Tout cela a buggé à partir de 2022.

Sur la mauvaise application du bouclier fiscal entre 2009 et 2021 et les révélations de ce scandale, la justice, les parlementaires et nombre de journalistes oeuvrent à faire la lumière. L’éclairage ci-dessous revient sur quelques autres points plus « politiciens ».

La Centriste Valérie Dittli est une conseillère d’Etat par défaut. Elle a été élue parce qu’une majorité des électeurs ne voulait pas d’un UDC au gouvernement. Le constat peut paraître brutal, mais Le Centre n’a recueilli que 1,37% des suffrages pour le Grand Conseil et n’a décroché aucun mandat de député, alors qu’il en occupait 6 lors de la législature précédente, et que les Vert’libéraux, autre formation prétendant à une position entre la droite et la gauche, en ont eux obtenu 14. Si elle n’avait pas été promue au gouvernement, Mme Dittli n’aurait même pas rejoint le législatif cantonal.

Pour le «premier parti de Suisse», la situation dans le plus grand canton romand est frustrante. Depuis le décès en 2011 de Jean-Claude Mermoud (réélu au 1er tour lors des élection générales de 2007), l’UDC n’est plus parvenue à replacer l’un des siens au Château cantonal. En 2011, le député Pierre-Yves Rapaz échoue, lors de la complémentaire remportée par la Verte Béatrice Métraux (ce qui a pour effet de faire basculer la majorité du Conseil d’Etat à gauche). En 2012, c’est au tour du président de la section cantonale Claude-Alain Voiblet d’échouer lors des élections générales. En 2017, le conseiller national Jacques Nicolet échoue également. En 2019, le préfet Pascal Dessauges échoue à capter le siège laissé vacant par le socialiste Pierre-Yves Maillard. En 2022, le conseiller national Michaël Buffat échoue, distancé par plus de 7000 voix par Valérie Dittli. Cinq tentatives, cinq refus nets et clairs de la part du corps électoral.

La fable du parti agrarien qui n’aurait rien à voir idéologiquement avec l’UDC suisse ne convainc que les convaincus. Elle ne prend plus dans un canton, qui accorde régulièrement son soutien aux accords bilatéraux avec l’Union européenne, et rejette tout autant les initiatives populaires xénophobes lancées par les Blochériens. Avec un tiers de la population vaudoise d’origine étrangère, difficile pour ceux qui les côtoient, à titre amical, familial ou professionnel, d’épouser la thèse de l’UDC selon laquelle la cause de tous nos maux est à chercher dans la présence des immigrés.

Qu’en sera-t-il le 8 mars prochain lors de l’élection complémentaire pour le siège de Rebecca Ruiz ? Le député UDC Jean-François Thuillard réussira-t-il là où les cadors de son parti se sont cassé les dents ? Son élection réduirait le poids de la  gauche au gouvernement à deux conseillers d’Etat (du jamais vu depuis le début du siècle). Ce serait paradoxal alors que le départ de la socialiste est dû à des raisons de santé, et que de l’avis général elle n’a pas démérité dans ses fonctions. La majorité de droite en sortirait renforcée. Mais il faut se demander si ce renfort apaiserait vraiment la crise gouvernementale actuelle : à 4 contre 3, la majorité peut déjà agir à sa guise, d’autant qu’elle dispose aussi d’une majorité au Grand Conseil. Que ferait-elle de mieux à 5 contre 2 qu’elle n’aurait déjà pu entreprendre ?  L’élection de M. Thuillard rendrait un lâchage définitif de Valérie Dittli par le PLR plus facile, puisque la démission de celle-ci ne mettrait pas à risque la majorité de droite.

Cependant, la non élection du candidat socialiste Roger Nordmann crisperait les fronts, annihilerait toute chance de dialogue constructif pour résoudre la crise gouvernementale, et lancerait la campagne des élections générales de mars 2027 très tôt dans un climat d’extrêmes tensions. Pas sûr que les Vaudoises et les Vaudois, déjà excédés par l’affaire du bouclier fiscal mais aussi stupéfaits par la virulence des manifestations de novembre et décembre derniers, aient envie d’un an supplémentaire de petchi quotidien.

De fait, le vrai problème de l’UDC vaudoise le 8 mars prochain est moins que le PS dispose de 2 sièges au Conseil d’Etat, mais que le Centre lui ait piqué celui auquel elle estime avoir droit.

La visibilité n’est pas un gage de crédibilité et d’expérience. L’arrivée surprise au gouvernement vaudois de Valérie Dittli en 2022 a montré que l’on peut gagner une élection grâce à de sympathiques vidéos sur les réseaux sociaux, mais que ce savoir-faire marketing n’est pas un gage de compétence pour gouverner. Ils sont nombreux, chez nous et ailleurs, celles et ceux qui font des campagnes formidables, mais se révèlent très décevants par la suite.

Sauf que, en Suisse, le cadre collégial devrait prévenir le plantage monumental auquel nous avons assisté. Un élu néophyte, surtout à ce niveau de responsabilité, prend en général conseil de ses collègues et de son parti. Solidairement responsables de ce qui peut advenir, pour le meilleur ou pour le pire, les membres d’un exécutif sont légitimés à s’exprimer sur les choix d’un collègue, notamment en matière de recrutement des proches collaborateurs. Encore faut-il que les conseils ou les remarques soient entendus et pas considérés comme de l’ingérence. Pourquoi Valérie Dittli ne s’est-elle pas entourée pour son cercle rapproché de personnes plus expérimentées qu’elle, connaissant les rouages de l’administration vaudoise et les dossiers ?  Le collège a-t-il laissé faire ou tenté d’emblée de la recadrer ? Jusqu’ici rien n’a filtré sur les avis de ses pairs reçus ou pas, suivis ou pas. Une chose est sûre : depuis plus d’une année, le Conseil d’Etat est en permanence en mode « gestion de crise », ce qui est éreintant pour chacun de ses membres.

Il est normal qu’un parti, quel qu’il soit, essaie de se vendre de la manière la plus avenante aux électeurs. Mais le rôle d’un parti et d’une alliance de partis est aussi de s’assurer des compétences des postulants pour assumer, le cas échéant, la fonction visée. C’est une question de crédibilité, à court, moyen et long terme, pour la salubrité de nos institutions démocratiques. Une élection au gouvernement n’est pas un futile concours de beauté. Si la centriste ne figurait sur la liste de l’Alliance vaudoise que pour faire l’appoint, alors son élection surprise aurait dû amener ses colistiers à l’entourer d’un peu plus près, et ne pas lui confier un Département aussi crucial que celui des finances.

Devant l’amoncellement des reproches à son égard, contenus dans les rapports Studer, Paychère et de la délégation des commissions de surveillance, Valérie Dittli plaide le droit à l’erreur. Une posture victimaire qui fait injure à tous les jeunes élus qui, dans le même cas, ont rapidement trouvé leurs marques tels le Valaisan Mathias Reynard, la Neuchâteloise Crystel Graf, la Genevoise Delphine Bachmann ou naguère le Jurassien Pierre Kohler. Au surplus, une juriste de formation devrait savoir qu’en vertu de la séparation des pouvoirs il est fortement déconseillé à un membre d’exécutif de faire pression sur le législatif, comme les membres de la délégation des commissions de surveillance s’en sont plaint, lors de la récente publication de leur rapport. L’erreur est humaine, certes, mais la réitération après une année de révélations de dysfonctionnements divers et variés n’est plus acceptable.

En matière de tête de gondole électorale, l’ancien parti démocrate-chrétien a une expérience contrastée en terres vaudoises (et de tradition protestante), où les instances nationales ont longtemps cherché à prendre pied, même si le centre politique était solidement tenu par le parti radical. Troisième plus grand canton de Suisse du point de vue démographique, Vaud dispose d’une des plus fortes députations au Conseil national (actuellement 19 sièges). Pour un parti gouvernemental cherchant à maintenir son poids électoral face à l’UDC et au PLR, Vaud dispose d’un attrait certain. Lors des élections fédérales de 1995, le populaire animateur radio Jean-Charles Simon décroche ainsi un siège au Conseil national pour le compte du PDC, à la surprise générale. Il décide de ne pas se représenter en 1999.  Le parti réussit alors à mettre sur orbite le professeur Jacques Neirynck, qui ne sera pas réélu en 2003, mais fera son retour au Conseil national de 2007 à 2015. Claude Béglé lui succède pour une législature. Jacques Neirynck et Jean-Claude Béglé étaient des personnalités en vue avant leur élection, dotées d’une solide expérience professionnelle et de vie. Deux caractères indépendants et parfois un peu trop francs-tireurs pour un parti en mal d’unité et de lisibilité au plan fédéral. Un des hauts faits d’armes de Valérie Dittli, comme présidente de la section cantonale, est de les avoir écartés sans ménagements pour faire place à la relève.

Gérer les carrières, les ambitions et les égos est un casse-tête dans toutes les formations politiques, même lorsqu’elles se sont données des règles de limitation du nombre de mandats. Il faut faire émerger de nouvelles générations, tout en ne se privant pas de l’expérience et de la notoriété des élus en place plus âgés. Après avoir beaucoup misé sur des personnalités connues et expérimentées pour Berne et ainsi gagner en visibilité, le Centre vaudois a fait le choix de proposer pour le Conseil d’Etat une candidate ni connue ni expérimentée, n’ayant jamais siégé dans un législatif communal ou cantonal, et sans ancrage local fort non plus (au contraire de la plupart de ses vaillants élus et militants, actuels et passés). Un choix validé par le PLR et l’UDC dans le cadre de l’Alliance vaudoise, dans un souci avant tout électoraliste : ramasser les quelques milliers de voix des électeurs centristes pour dépasser l’efficace alliance rose-verte et renverser la majorité de gauche au Conseil d’Etat.

En politique, entre l’audace et la prétention, il n’y a qu’un fil qui sépare a posteriori le succès du monumental revers en forme de boomerang. Une victoire surprenante, aussi galvanisante soit-elle, ne devrait pas exclure une analyse lucide des conséquences et l’anticipation des dangers potentiels qu’elle comporte. Cet exercice a cruellement manqué à la majorité de droite du Conseil d’Etat, qui s’est quelque peu laissée aveugler par sa spectaculaire « remontada » de 2022. De la même manière que personne au Château ne semble avoir prévu que les révélations sur la mauvaise application du bouclier fiscal, au printemps 2025, risquaient d’avoir un impact considérable sur l’acceptabilité politique d’un budget d’austérité pour 2026.

L’affaire Dittli est une bombe à déflagrations multiples: qui a su quoi et quand s’agissant de la mauvaise application du bouclier fiscal, qui a agi dans le cadre de ses prérogatives ou les a outrepassées, qui s’est laissé influencé par d’anciennes loyautés ? Elle pose des problèmes d’équité fiscale, de finances publiques, de gouvernance, de collégialité, de confiance de la population dans ses institutions et dans l’administration. C’est beaucoup. Mais les responsabilités strictement politiques d’un tel désastre ne devraient pas être éludées.

Un héros si vaudois *

À la veille du tricentenaire de sa mort, le Major Davel continue de fasciner au point que les députés au Grand Conseil discutent de l’opportunité d’une réhabilitation : faut-il révoquer la condamnation à mort de celui qui entreprit, seul, de libérer le Pays de Vaud de l’oppression bernoise ? Au regard de l’histoire, le Major a déjà gagné : il est la figure la plus célèbre et la plus célébrée du canton, fédérant malgré lui les adeptes de la désobéissance civile comme les partisans de « l’amour des lois » invoqué dans l’hymne vaudois. Ce numéro de Passé simple explore les facettes d’un mythe taillé pour traverser les siècles.

Considérons d’abord l’homme ou plutôt ce que l’on en sait, au vu de la maigreur des sources contemporaines de son étrange épopée. S’il n’avait pas existé, il aurait fallu l’inventer : Davel présente toutes les caractéristiques qu’aujourd’hui encore on prête aux habitants de ce coin de pays. Humble et dévoué, prêt à se sacrifier pour une grande cause mais qui ne parvient pas à convaincre. En bon vaudois, il a la révolte entêtée et reste avare d’explications. Entre orgueil et modestie, il renvoie à leur vile médiocrité les personnes qui ne saisissent pas la portée de son action.

Quel est son message justement ? Rendre aux Vaudois leur liberté et leur dignité, revendication d’avant-garde dans ce 18ième siècle qui sera celui des Lumières et de la remise en question du despotisme et du droit divin. Le temps lui donnera raison. Mais à plus long terme, son glorieux échec sonne comme un puissant avertissement aux idéalistes tentés d’agir en solo : même si la cause est juste, il est vain d’avoir raison si on néglige de nouer des alliances. Les révolutions vaudoises à venir seront portées par des élans plus collectifs et mieux organisés.

Etrangement, dans le panthéon cantonal et la mémoire populaire, Davel a éclipsé une autre figure de la lutte pour l’indépendance et la liberté qui a pourtant bien mieux réussi son coup : Frédéric-César de la Harpe, doté d’un impressionnant réseau de contacts utiles tant dans le Paris révolutionnaire qu’à la Cour de Russie.

Le mythe du révolté, précurseur et incompris, est un miroir à fantasmes, il autorise toutes sortes de récupérations alors qu’une carrière politique comme celle de La Harpe, documentée par une correspondance prolifique limite les réinterprétations.

Le poète Jean-Villard Gilles disait de la Venoge qu’elle est un fleuve « à nous, c’est tout vaudois ». Canton suisse, Vaud révère Guillaume Tell, figure de l’insoumission aux lois iniques qui traverse toutes les époques et les enjeux. Mais il est fier et soulagé d’avoir avec Davel un mythe rien qu’à lui.

*Texte paru dans le numéro 77 de Passé simple en septembre 2022

Coûts de la santé, LaMal et cie: un manque de bon sens

Pourquoi la politique ne trouve-t-elle pas des solutions pour contenir les coûts de la santé ? *

À cette vaste question, il y a une réponse peut-être trop simple : la politique ne prend pas le problème du bon côté.

D’abord, regardez hors de la Suisse, vous constaterez que ailleurs le débat sur les coûts de la santé est moins vif. La médecine n’y est pas moins chère, mais le système de financement est différent. En gros, c’est l’état qui paie et les particuliers ne participent que marginalement.

Ensuite, l’idée que l’on pourrait contenir, voire diminuer, les coûts de la santé est fausse. Notre espérance de vie ne cesse d’augmenter, et nous devons ces années de vie en plus aux soins toujours plus efficaces et sophistiqués qui domptent les effets des maladies ou des accidents.

Depuis l’introduction de l’assurance-maladie obligatoire, la Suisse joue un mauvais feuilleton chaque automne à l’annonce des nouveaux barèmes, elle désigne des boucs émissaires à l’envol des coûts. Selon les années, et les mesures prises antérieurement, sont rendus responsables de l’augmentation des primes les patients eux-mêmes qui consultent pour des bobos, les médecins qui facturent à leur avantage, l’industrie pharmaceutique qui financent ses recherches sur notre dos, les hôpitaux et les cliniques sur-équipés, les pharmaciens qui ne proposent pas des génériques, les soins ambulatoires, les patrons des caisses qui s’assurent des salaires somptueux, les lobbies et leurs relais au parlement,…

Rendre toute ce petit monde plus vertueux n’est pas inutile, mais le biais est ailleurs. En mettant en avant la responsabilité individuelle des assurés, la lamal les asphyxie inexorablement. Plus de 65% des coûts de santé sont supportés par les ménages. Et cette part ne cesse de croître. Ainsi, parce que les séjours à l’hôpital étaient considérés comme trop dispendieux, on favorise désormais les traitements ambulatoires. Mais le financement de ceux-ci est à charge de l’assurance-maladie obligatoire, donc de nos primes, alors que le budget des hôpitaux émarge aux cantons.

Pour éponger les plus de 80 milliards de francs que coûte notre système de santé – un des meilleurs du monde – il faudrait donc solliciter un peu plus les contribuables et un peu moins les assurés. La Confédération affichant régulièrement des excédents  budgétaires, l’option n’est pas incongrue. Surtout l’impôt est le moins injuste des outils de redistribution de la richesse.

Cette idée est testée en vrai par le canton de Vaud. Les primes y sont plafonnées à 10% du revenu disponibles. 34% des Vaudois reçoivent des subsides. Le parti socialiste suisse a lancé une initiative fédérale dans le même sens, la récolte de signature est en cours.

En attendant que le bon sens s’impose – c’est-à-dire accepter que la santé a un coût et qu’il s’agit d’une industrie profitable à tous, et accepter que les coûts de la santé vont continuer à augmenter et qu’il faut répartir la facture de façon moins inique et culpabilisante – notons que comme nous sommes en année électorale, les hausses des primes annoncées d’ici quelques jours devraient être modérées. Les assureurs font traditionnellement preuve de modération afin de ne pas provoquer l’ire des citoyens, qui pourraient se venger dans les urnes, en plébiscitant la gauche qui n’a cessé de combattre le principe de la prime par tête, indépendamment du revenu.

 

 

Les meilleurs au Conseil fédéral ?

Je mets les pieds dans le plat. Les Vaudois n’ont jamais vraiment bien compris pourquoi ni Pascal Broulis ni Pierre-Yves Maillard n’est devenu conseiller fédéral alors qu’il s’agissait, chacun dans son genre, des deux meilleurs de leur génération. L’un a été écarté par le groupe parlementaire PLR, l’autre par l’Assemblée fédérale.

Tout ça pour se retrouver avec Guy Parmelin!!!

D’où ce sentiment de ne pas vraiment se sentir représentés au gouvernement. Je me demande ce que l’on va inventer cette fois-ci pour écarter Pierre Maudet, lui aussi considéré comme un surdoué. On ne peut pas lui reprocher de ne pas savoir l’allemand!!!

J’espère que le groupe PLR choisira un ticket à 3, qui ménage une chance pour Isabelle Moret, meilleure élue romande au Conseil national, comme à Pierre Maudet, meilleur politicien de la génération d’après Broulis et Maillard.

 

 

 

 

 

 

Succession Burkhalter : le temps d’en finir avec l’affaire Kopp, toute l’affaire Kopp…

Il y a bien plus de parallèles entre la monarchie britannique et la Confédération que l’on croit. Non, je ne vous parle pas du Brexit. Mais de la succession de Didier Burkhalter. Chez nous, c’est comme à Buckingham: le roi est mort, vive le roi. A peine un conseiller fédéral annonce-t-il sa démission que hop, tip top, en quelques secondes, la machine à Tinguely politico-médiatique vous sort le nom de son successeur. Réglez sur le parti, réglez sur latin ou alémanique, réglez sur parlementaire estimé par ses pairs, et voilà Ignazio Cassis sacré Kronfavorit.

On dit toujours que la politique suisse, c’est compliqué, mais quand il s’agit de trouver un ministre, c’est tout simple, mécanique, comme une montre qui promet de vous donner l’heure exacte ad vitam aeternam.

Dans le jargon du Palais fédéral, on vous le dit déjà d’un air effaré par le fait que vous puissiez soulever la question : « c’est plié, ce sera Ignazio Cassis ». Chef du groupe parlementaire libéral-radical, ce médecin de 56 ans, polyglotte, a le cursus qu’il faut pour être élu au Conseil fédéral. Il est dans la place, et avant lui, beaucoup de présidents de parti et de chefs de groupe ont été propulsés au poste suprême.

En plus, il est Tessinois, et la Suisse italophone n’a plus eu de représentant dans le collège depuis le départ de Flavio Cotti en 1999. Une fois par génération, il ne serait pas exagéré de satisfaire cette revendication régionaliste. Les Chambres fédérales éprouveront le doux sentiment d’œuvrer pour la cohésion du pays – ce n’est pas vrai tous les jours de session.

Sauf que, on l’a dit, le siège appartient sans conteste aux libéraux-radicaux et aux latins, mais qu’il n’y a pas que Ignazio Cassis qui remplisse les critères. Beaucoup d’élus romands, région où le parti s’est révélé très en forme ces dernières années, peuvent prétendre à la succession Burkhalter.

Exemples. Avec Pierre Maudet, 39 ans, la Suisse s’offrirait son petit effet Macron à elle. Avec un François Longchamp, 54 ans, qui a déjà reçu à Genève tous les dirigeants de la planète, et qui va de toutes façons quitter le Conseil d’Etat à la fin de l’an prochain, elle disposerait d’un nouveau patron des affaires étrangères au carnet d’adresses richement doté.

Les Vaudoises Jacqueline de Quattro, 57 ans, et Isabelle Moret, 47, sont aussi papables. Car il serait temps que le PLR parvienne à enterrer l’affaire Kopp et à replacer une femme au Conseil fédéral, 28 ans après une démission aussi fracassante que humiliante. Il serait temps que le parti historique de la Suisse moderne assume les impératifs de la parité, comme toutes les autres formations gouvernementales. Le critère de genre permet d’affiner la recherche de la machine à onction suprême, et là, c’est le nom de Laura Sadis qui sort : 56 ans, ancienne conseillère nationale, mais aussi ancienne conseillère d’Etat (en charge des finances). L’expérience de l’exécutif, c’est un atout décisif par rapport à Ignazio Cassis.

D’autant que celui-ci nage en plein conflit d’intérêts, il est le président de Curafutura, faîtière d’assureurs-maladie. Et, comme la droite PLR-UDC, majoritaire au Conseil national, rêve de voir le Tessinois reprendre le Département fédéral de l’Intérieur, le clash est programmé.

Le conflit d’intérêts, c’est ce truc dont les Suisses ont adoré se gausser lorsqu’on parlait des costumes de François Fillon. Mais c’est un mélange des genres, des fils à la patte, qu’ils rechignent à considérer lorsqu’il s’agit de leurs propres élus de soi-disant milice. C’est surtout une bombe à retardement qui empêchera de gouverner sereinement et en toute indépendance. On l’a douloureusement mesuré avec Elisabeth Kopp, première femme élue au Conseil fédéral contrainte à la démission pour avoir violé le secret de fonction à cause des affaires de son mari …

Oui, en septembre, le PLR a une belle occasion d’enterrer définitivement l’affaire Kopp, en faisant enfin élire une femme au gouvernement, et en ne prenant pas le risque que ses liens d’intérêt ne minent d’emblée son efficacité.

Les Vaudois aiment la cohérence dans la durée

Cela fait 15 ans que les Vaudois composent leur gouvernement selon l’équilibre 4/3, d’abord en faveur de la droite, puis à partir de 2011 en faveur de la gauche. C’est peut-être dans l’attachement à cette permanence qu’il faut chercher les raisons de la défaite de la droite au second tour de l’élection du Conseil d’Etat: en ayant l’air de vouloir passer à 5/2, en donnant l’impression de souhaiter un rapport de forces plus brutal (bien qu’appuyé sur sa majorité au Grand Conseil), la droite a eu les yeux plus gros que le ventre. Une victoire s’improvise rarement  à la dernière minute, elle se construit dans la durée.

Les Vaudois n’ont pas eu envie de corseter « leur » Pierre-Yves Maillard, champion du combat contre les primes d’assurance-maladie toujours plus chères, et qu’ils aiment presque autant que Pascal Broulis, meilleur élu du premier tour. Ils ont gardé un mauvais souvenir de la période d’avant 2002 où seuls deux élus de gauche siégeaient au Château.

Et ils sont manifestement attachés à la présence d’un ministre vert. C’est en 1994 que Philippe Biéler a conquis le siège, 23 ans donc, quasiment une génération. Dans le rôle d’appoint majoritaire, les Verts ont pris la place de l’UDC. Le parti blochérien échoue pour la troisième fois à reprendre le fauteuil occupé de 1998 à 2011 par feu Jean-Claude Mermoud. La fiction d’une section vaudoise plus agrarienne, surtout agitée en période électorale ne convainc plus les Vaudois. La radicalisation du parti suisse, ses discours de plus en plus extrémistes,  y sont certainement pour beaucoup. Après Fribourg, Neuchâtel et le Valais, l’UDC échoue a replacer l’un des siens dans un gouvernement romand.

Les libéraux-radicaux auraient-ils la main plus heureuse en osant partir à quatre candidats ou en s’alliant avec le PDC? Avant de couler dans le bronze la pérennité de l’alliance avec les Vert’libéraux et l’UDC, ils devraient se poser ces questions. Le fossé entre eux et l’UDC va continuer à s’accroître avec les initiatives annoncées contre le droit international et la libre-circulation. Les électeurs aiment la cohérence dans la durée, ils ne cessent pas d’être suisses quand ils votent vaudois.

Les démocrates-chrétiens, même faibles à l’échelle vaudoise, sont des alliés plus solides que les Vert’libéraux, qui vont se déchirer après la cavalcade opportuniste d’Isabelle Chevalley.

Quoi qu’il en soit, avant de parier sur l’un ou autre, le PLR doit surtout prendre l’initiative d’un travail programmatique. Le socle de l’alliance rose-verte est solidement construit, il s’ancre dans le succès lausannois depuis 1989.

A intervalles réguliers, et même si cela crée des tensions internes , et qu’il devient périlleux de gérer les égos et les carrières, socialistes et verts parviennent à mettre sur orbite de nouvelles personnalités, dont personne ne doute des capacités à gouverner. Le PLR a un peu plus de difficultés à installer  sur le devant de la scène de nouveaux talents. Il n’en manque pourtant pas, notamment féminins – mais ce parti peine encore et toujours à laisser les femmes y jouer le premier rôle.

Le signal est pourtant clair, presque aveuglant: comme en 2012, les Vaudoises et les Vaudois ont élu ce printemps une majorité de femmes au Conseil d’Etat.

En matière de casting, l’UDC n’arrive pas à profiler des personnalités. Même si la nature des élections est différente, il est frappant de constater que Jacques Nicolet qui avait 6795 voix de moins que Cesla Amarelle au Conseil national en octobre 2015 n’a pas réussi à remonter son handicap. Ce 21 mai, 6564 voix le sépare de la socialiste. Il est vrai qu’à  Berne, la socialiste s’est vite imposée comme une brillante parlementaire, efficace et constructive, alors que son collègue UDC est totalement resté dans l’ombre.

A noter: l’ « effet Parmelin » sur les sections romandes de l’UDC, et dans le propre canton du Conseiller fédéral, a été totalement inopérant.

Autre permanence de cette élection en deux actes, la majorité des membres du gouvernement vaudois reste d’origines étrangères: Pascal Broulis a un père grec, Cesla Amarelle, Nuria Gorrite et Béatrice Métraux sont naturalisées.  Cela montre l’extraordinaire capacité d’intégration du canton.

 

La droite vaudoise veut-elle vraiment gouverner à 5/2?

On peut comprendre que la droite vaudoise ait envie de redevenir majoritaire au Conseil d’Etat. Cela ne signifie pas que les trois élus PLR aient franchement souffert pendant la législature précédente de gauche : la dynamique gouvernementale est chose complexe, les décisions ne se réalisent pas toujours selon la logique partisane classique. Mais c’est quand même plus agréable lorsque, en cas de divergences profondes, on peut faire valoir la loi du nombre.

Si l’objectif – reprendre la majorité – ne saurait être contesté, la méthode – revendiquer soudain 5 sièges et pas 4 – a choqué. Elle a choqué car elle a cassé l’image de douce harmonie qui entourait les activités du Conseil d’Etat. Ceux qui croyaient sérieusement que les séances hebdomadaires du gouvernement étaient des réunions de bisounours en sont pour leurs frais. Interpellés pendant la campagne sur leur entente au sommet, Pierre-Yves Maillard et Pascal Broulis n’assumaient d’ailleurs pas crânement la posture, mais évoquaient plutôt une technique – le compromis dynamique – et une culture – le respect. On sentait chez eux comme un léger agacement de se voir ainsi soudés et indifférenciés. On comprend mieux maintenant pourquoi.

L’enjeu de la majorité n’est pas si bénin qu’on a voulu le dire ces derniers mois. La droite est non seulement majoritaire au Grand Conseil mais aussi dans le canton. Elle tient à imposer sa marque d’autant plus que sa relève paraît moins profilée et moins prête que celle du parti socialiste, toujours foisonnante. Ce second tour tumultueux est un énième remake du légendaire « on sait qui commande ici » cher au grand vieux parti radical. D’autant que depuis la victoire d’Olivier Français au Conseil des Etats en 2015, la droite sait qu’elle peut vaincre les tandems roses-verts.

Créer une grande alliance entre trois partis pour le deuxième tour est une manœuvre inédite. On peut y voir de l’ »opportunisme », comme ne manquent pas de le souligner les socialistes et les verts. Il faut toutefois admettre qu’en politique la différence entre l’audace et l’opportunisme est ténue, elle tient souvent au degré de réussite du coup que le camp d’en face ne parvient pas à contrer.

Collé à l’enjeu de la majorité, il y a celui de la présidence. On sait Pascal Broulis avide de récupérer une fonction qu’il adore. Durant la dernière législature, Pierre-Yves Maillard a privilégié la substance sur le symbole. L’envie broulissienne d’incarner à nouveau le canton – surtout pendant ce qui devrait être sa dernière législature – vaut bien quelques jours de tensions. Il sera grand temps de se réconcilier si d’aventure la manœuvre échoue.

Mais que se passera-t-il si elle réussit au-delà des espérances et porte au Conseil d’Etat aussi bien l’UDC Jacques Nicolet que la vert’libérale Isabelle Chevalley ? Qu’adviendra-t-il d’un gouvernement à 5/2 ? Il y a fort à parier que les « équilibres » subtilement cultivés depuis 2002 voleront en éclats. On voit mal Pierre-Yves Maillard et Nuria Gorrite jouer en mode mineur. La Chef du département de la santé et de l’action sociale a l’habitude d’obtenir ce qu’il veut (tout en sachant de montrer raisonnable). La Cheffe du département des infrastructures et des ressources humaines a traversé une législature de rêve en obtenant les moyens financiers qui ont longtemps fait défaut à ses prédécesseurs.

Mais pour la droite, avide de « commander », la fête du 5/2 pourrait être de courte durée. Il lui faudra assumer plus de responsabilités et de plus gros budgets. Depuis 2004, ce sont en effet les deux élus socialistes, Anne-Catherine Lyon et Pierre-Yves Maillard, qui ont porté les départements les plus lourds, les plus dispendieux et les plus exposés politiquement.

La droite devra reprendre l’école. Le bilan des quinze ans de règne d’Anne-Catherine Lyon a été tellement abusivement noirci que beaucoup feignent d’ignorer un point crucial : pour faire mieux que la socialiste, il faudra certainement dégager plus de moyens, donc dépenser plus. Ceux qui croient que les « maux » qu’ils pointent dans l’école vaudoise (et le système de formation) seront rapidement solubles dans une aimable « écoute » risquent quelques déconvenues. Voilà qui s’accommode mal d’une volonté de réduire les budgets, chère à une droite redevenue majoritaire, et soucieuse de consentir des baisses d’impôts pour les personnes physiques.

Un rapport de force à 5/2 serait désagréable pour la gauche mais il serait encore plus périlleux pour la droite, que celle-ci, faute d’accord entre les protagonistes avant le premier tour, n’a pas pu élaborer un programme commun solide. Ce serait un saut dans l’inconnu. Par comparaison, les effets de l’alliance rose-verte, incarnée par Cesla Amarelle et Béatrice Métraux, sont clairement présentés et plus rassurants. Il y a maints exemples documentés et réussis de gouvernance rose-verte. On ne sait pas trop ce que donnerait une fois au pouvoir l’alliance libérale-radicale, vert’libérale et UDC, mise sous pression par une gauche soudain sous-représentée.

Pour opérer leur choix, les électeurs doivent également se pencher sur les profils des candidats, leurs capacités à gouverner, donc à décider. Béatrice Métraux a fait ses preuves. Cesla Amarelle a manifestement une riche carrure de ministre. Jacques Nicolet est apparu dans la campagne maladroit et peu sûr de lui ( lire:  https://chantaltauxe.ch/jacques-nicolet-ne-fait-pas-conseiller-detat/ ). Isabelle Chevalley est réputée pour son aplomb, mais le fait que les mêmes n’aient pas réussi à s’entendre avant le premier tour augure mal de leur futur concorde.

Cinq ans, c’est très long quand on improvise…

 

 

 

 

 

 

 

 

Elections vaudoises: le statu quo?

Drôle de collision d’actualités électorales: d’un côté, on assiste médusé et inquiet à la présidentielle française la plus imprévisible – et la plus dangereuse – de l’histoire de la Vième République; de l’autre, on se désole d’une campagne pour les cantonales vaudoises apparemment trop lisse. Au Nord du Léman, l’enjeu ne serait que de connaître le score des uns et des autres, et de compléter l’équipe en place d’une unité dans la plus parfaite des continuités…  Un sondage a hier achevé de tuer le suspense (et peut-être de démobiliser ceux qui imaginaient utile d’aller exprimer des préférences ou satisfecit.) http://www.24heures.ch/vaud-regions/cesla-amarelle-partie-entrer-conseil-etat-vaudois/story/17629643

Je ne partage pas cette morosité désabusée. Pour plusieurs raisons:

  1. on ne peut pas exclure des surprises, une élection n’est jamais gagnée d’avance pour qui que ce soit, surtout si elle se déroule en deux tours. Certaines élections se jouent parfois à quelques centaines de voix. C’est faire injure aux petits candidats de donner à croire que leur engagement ne sert à rien, et que les préoccupations qui les animent et qu’ils portent dans les débats sont inaudibles. (Souvenons nous du Valais, où un inconnu, Frédéric Favre- radical certes – s’est frayé un chemin au Conseil d’Etat en quelques semaines).

2. majorité de gauche ou de droite au Conseil d’Etat, ce n’est pas un détail, même si la collaboration se veut « dynamique », je préfère « constructive », entre ses membres. La composition du Grand Conseil, l’équilibre des forces, le poids des petits partis, ce ne sont pas non plus des points de détails.  Le législatif n’est pas une chambre d’enregistrement, sa qualité tient aussi beaucoup aux individualités qu’il s’agit d’y élire – et pas seulement aux partis représentés. N’est-ce pas parmi eux que se trouveront celles et ceux qui brigueront un siège au gouvernement la prochaine fois?

3. majorité de femmes ou d’hommes au Conseil d’Etat, ce n’est pas non plus un détail. https://chantaltauxe.ch/conseil-detat-vaudois-une-majorite-de-femmes-cest-un-enjeu/

4. les journalistes aiment le bruit et la fureur des campagnes politiques – cela fait plus de grain à moudre – mais il n’est pas sûr que les citoyens éprouvent le même besoin de spectacle ou de petites phrases assassines. Face à une actualité mondiale devenue très incertaine, voire angoissante, ils apprécient la stabilité de leurs gouvernants. Voyez le Conseil d’Etat neuchâtelois – au bilan bien moins éclatant que son homologue vaudois – réélu in corpore, malgré les critiques. Il n’y a pas de placidité vaudoise, ni de fatale mollesse, il y a un gouvernement qui a dans l’ensemble très bien fait le job, et dont les succès et réalisations gomment comme par enchantement les revers ou sources d’agacement.

5. avec le retrait d’ Anne-Catherine Lyon, l’actuel collège perd sa doyenne de fonction, celle qui était déjà là, tout comme Pascal Broulis (élu le même jour mais moins bien), quand les autres sont arrivés.  La dynamique du gouvernement doit beaucoup à la socialiste, dont elle fut un rouage essentiel. Anne-Catherine Lyon formait avec Pascal Broulis un tandem moins médiatique mais pas moins efficace que celui que le ministre des finances constitue avec l’actuel président du Conseil d’Etat Pierre-Yves Maillard. Juriste de formation comme elle, elle a ensuite entretenu une relation complice avec Jacqueline de Quattro, puis avec les deux dernières figures féminines Béatrice Métraux et Nuria Gorrite. On a beaucoup dit d’Anne-Catherine Lyon qu’elle avait pacifié l’école vaudoise, elle a eu ce même effet consensuel sur le fonctionnement du collège (très conflictuel avant 2002). Quelle que soit la composition du nouveau collège, il devra se reconfigurer.

6. par commodité, on imagine que la ou le nouvel élu(e) reprendra le Département de la Formation et de la jeunesse, les débats ont donc beaucoup porté sur la suite à donner à la réforme de la loi sur l’enseignement obligatoire (LEO). Mais un conseiller d’Etat n’est pas qu’un chef de Département, c’est un septième du pouvoir. Ses succès, ses faiblesses ou ses erreurs rejaillissent sur les autres, surtout dans un gouvernement qui a multiplié la gestion croisée des gros dossiers, impliquant plusieurs départements. Le bien de l’école vaudoise est une responsabilité collective – les moyens que lui accorde ou pas le ministre des finances ont une influence, tout comme le statut du personnel, deux dossiers en mains respectivement de Pascal Broulis et de Nuria Gorrite.

7. à chaque nouveau venu, le gouvernement re-réfléchit à son organisation administrative: si les titulaires de département ne changent pas, les services parfois bougent au gré des envies personnelles, équilibres politiques ou compétences particulières. Ce genre de changement n’est pas anodin non plus.

8. on oublie qu’avant d’être cette mécanique parfaitement huilée, le gouvernement vaudois a connu une décennie de crise. La Constituante a servi de thérapie de groupe, et remis les institutions en place. Elle a notamment exigé un programme de législature qui dès l’aube de leurs travaux communs lie les sept élus entre eux. Elle les a aussi doté d’outils de prospective qui les oblige à anticiper les priorités sur le long terme. L’effet de ces outils sur les débats – et la campagne – me semble sous-estimé. La chose mériterait en tout cas une investigation plus fouillée.

9. enfin la responsabilité de la lisse campagne n’incombe pas seulement à ses protagonistes candidats mais aussi à ses animateurs. S’ils ne se disputent pas entre eux, au nom de la collégialité, qu’est-ce qui empêche les journalistes de les mettre sous pression collectivement, par exemple sur les enjeux numériques ou démographiques ou les priorités d’investissement?  Il y a dans ces trois domaines assurément matière à polémique.

10. enfin bis, un siège ayant été libéré, la discussion sur la relève ou la législature de trop s’est totalement éteinte. C’est dommage: la limitation que les socialistes s’impose fait-elle sens, d’autres partis devraient-ils se l’appliquer? n’est-elle pas au contraire un formidable gâchis de compétences? comment les plus anciens des ministres en place entendent-ils rester efficaces? ou encore, ne surestime-t-on pas le poids des ministres, quid de l’administration et des hauts fonctionnaires?

11. il est clair que si les actuels conseillers d’Etat vaudois sortant – ou au minimum deux ou trois d’entre eux – avaient un bilan totalement nul, la campagne serait plus animée. Des semaines de passion et de fièvre après cinq ans de souffrance ou d’énervement, en somme. Je préfère une campagne un peu lisse à un gouvernement inefficace, offrant le douloureux spectacle de son impuissance. Pas vous?

 

 

Jacques Nicolet « ne fait pas Conseiller d’Etat ».

« Un conseiller d’Etat, c’est une machine à décider », m’expliquait naguère un ancien ministre radical. J’ai repensé à cette phrase, qui dit l’aplomb nécessaire à l’activité gouvernementale, en prenant connaissance de la nième gaffe du candidat Jacques Nicolet.

Voilà que notre UDC vaudois a fâché les vétérinaires ( voir l’article de 24 heures: http://www.24heures.ch/vaud-regions/jacques-nicolet-provoque-colere-veterinaires-vaudois/story/10621038 ). Encore une fois, il dit avoir été « mal compris ». C’était déjà son excuse à propos de Marine Le Pen, lorsque la RTS lui avait demandé à qui allait ses préférences dans la campagne présidentielle française.

Cela commence à faire beaucoup.

Interpellé par Nasrat Latif de la Télé qui lui demandait « qui est Charles Maurras? », Jacques Nicolet avouait ne pas savoir. Le théoricien du « nationalisme intégral » est pourtant cité dans le document de référence de l’UDC-Vaud, dont Jacques Nicolet apparaît comme le premier signataire. Le prétendant au Conseil d’Etat paraphe-t-il des documents qu’il n’a pas lu?

M. Nicolet semble avoir un réel problème avec les programmes de son parti: la pratique de la préférence nationale y est dûment mentionnée. Selon l’UDC, il faut, chaque fois que cela est possible, limiter le recours à la main d’oeuvre étrangère (nous avons même voté sur cette idée en février 2014). En devenant conseiller national, en reprenant la présidence de la plus grande section romande, M. Nicolet aurait dû cesser d’avoir recours à un vétérinaire français. Les élus, surtout ceux qui briguent les plus hautes fonctions, ne doivent-ils pas se montrer exemplaires?

Et que dire de sa formule sur les « avortements de confort » ( voir http://www.24heures.ch/elections-cantonales-2017/nos-debats/jacques-nicolet-cesla-amarelle-croisent-fer/story/18507860?track  ) ? Notre conseiller national croit-il sérieusement qu’une femme, quels que soient ses motifs, avorte par « confort »?

Que de confusions, de maladresses et d’incohérences!  Un Chef de Département doit pouvoir se faire comprendre clairement de son administration, du Grand Conseil et, évidemment, des journalistes.

La clarté et l’assurance sont des qualités minimales que les électeurs sont en droit d’attendre de ceux qui prétendent les gouverner.

On se souvient de la phrase prémonitoire de Cecilia Sarkozy, à propos du mari qu’elle s’était décidée à abandonner: « Nicolas, il ne fait pas président ».

Jacques Nicolet décidément  « ne fait pas Conseiller d’Etat ».

 

Conseil d’Etat vaudois: une majorité de femmes, c’est un enjeu!

Il est de bon ton de prétendre qu’il n’y a pas de grands enjeux autour de l’élection du Conseil d’Etat vaudois, que majorité de gauche ou de droite, avec six sortants qui partagent un excellent bilan, on ne verrait pas une immense différence… je ne suis pas sûre que l’on soit seulement dans les nuances de gris. Mais qu’importe, pour moi, il y a aussi un autre enjeu, tout aussi important: le maintien d’une majorité de femmes au gouvernement. Alors que dans bien des secteurs, le plafond de verre écrase les talents féminins, j’aimerais bien que Vaud, mon canton, pionnier pour les droits de la femme, poursuive cette fructueuse expérience de pouvoir majoritairement en mains de Conseillères d’Etat, cinq années de plus.