Renzi, l’Européen

Il commence bien Matteo Renzi:

« La tradition européenne et européiste représente la meilleure partie de l’Italie, ainsi que sa certitude d’avoir un avenir. »

« Ce ne sont pas Angela Merkel et Mario Draghi qui nous demandent de tenir nos comptes publics en ordre. Nous devons le faire par respect pour nos enfants, pour ceux qui viendront après nous », a-t-il dit lors de son premier discours devant le Parlement.

J’entends beaucoup d’interrogations et de doutes sur le nouveau président du Conseil italien. Je renvoie ceux qui croient qu’il est un nouveau Berlusconi à la lecture de « Stil novo », sorte de programme politique nourri de différents épisodes de l’histoire de sa ville de Florence. De l’humanisme de Dante à Twitter.

La démonstration que l’on peut être prétentieux, pressé, ambitieux, et connaître assez bien l’Histoire pour savoir comment aller de l’avant.

Surtout, on dit de Renzi qu’il est irrespectueux. Mais franchement, quand on voit dans quel état de délabrement moral et de délabrement tout court les générations de politiciens qui l’ont précédé ont mis ce trésor mondial qu’est l’Italie, un peu d’irrespect ne fera pas de mal, ce sera même un bien salutaire que de bousculer les usages et les combinazione!

Italie: Tu quoque mi fili

Divine surprise, quoiqu’attendue: Angelino Alfano, dauphin préféré de Silvio Berlusconi, secrétaire et numéro deux du Peuple de la Liberté (PDL), a appelé « tout le parti » à voter la confiance mercredi au gouvernement d’Enrico Letta. Au vieux Caïman, à qui il doit sa carrière, Alfano, 43 ans à la fin du mois, préfère sa crédibilité future de politicien. A l’annonce de ce revirement, la bourse de Milan a rebondi. Les marchés n’aiment décidément pas Berlusconi.

« Tu quoque mi fili », avait déjà dit César à Brutus, qui lui portait le coup de poignard fatal.

Désastre à l’italienne

C’est une statistique de l’OCDE qui fait froid dans le dos: en Italie, si l’on considère la classe d’âge entre 19 et 25 ans, un jeune sur deux est inoccupé: ni travail, ni étude. La proportion (52,9) a doublé depuis l’an 2000. Un désastre, pire qu’une génération sacrifiée, une génération oubliée.

Je me demande ce qu’attend l’Etat italien pour lancer de grands travaux d’utilité publique et citoyenne: maints bâtiments publics, comme des écoles, tombent en ruine et pourraient être rénovés par des équipes citoyennes encadrées par quelques professionnels; plages, berges de rivières et de fleuves, ou forêts, sont parfois atrocement polluées et pourraient être nettoyées utilement. Il y a aussi beaucoup d’emplois temporaires possibles dans la prise en charge des malades et des anciens.

Tout vaut mieux que l’inoccupation prolongée de dizaines de milliers de jeunes. D’autant que le risque existe plus en Italie qu’ailleurs que ces délaissés par l’Etat finissent dans les mains des mafias qui, elles, savent procurer du travail à qui en cherche.

Saviano ne se rend pas et revient à Naples

Alors qu’on ignore les raisons du carnage de Boston, regardons une bonne nouvelle : Roberto Saviano était hier soir de retour dans sa ville de Naples, après sept ans d’exil sécuritaire forcé, dû à la publication de « Gomorra», une dénonciation sans concession de l’emprise et du fonctionnement des mafias.

Malgré les mesures de sécurité, 2000 Napolitains ont fait la queue plus d’une heure pour honorer l’écrivain. Saviano publie ces jours une nouvelle philippique contre le crime organisé autour du trafic de cocaïne « Zero Zero Zero. »

Roberto Saviano ne se rend pas. Il continue son combat et défie les menaces des mafieux. Dans une Italie où tant d’autres abdiquent tout sens des responsabilités, c’est une heureuse nouvelle.

Un demi-million d’Italiens en Suisse

Les récentes élections italiennes m’ont permis de découvrir que la Suisse abrite la troisième plus grande communauté de Transalpins du monde. 442 557 électeurs résidant ici étaient inscrits dans les registres électoraux. Seule l’Argentine – 574 140 – et l’Allemagne nous dépassent, avec toutefois quelques bonnes dizaines de millions d’habitants en plus. Suivent la France – 306 554 – la Belgique – 210 572 – .

Dans les gigantesques Etats-Unis, les Italiens ne sont que 184 207, et dans le très grand Canada 117 053.

Tout ceci sans compter les enfants.

Pourquoi vous abreuver de tant de chiffres? Parce qu’ils disent quelque chose de très significatif sur notre politique de naturalisation.

La France n’a pas été moins que nous une terre d’immigration pour l’Italie, mais elle applique le droit du sol, et offre donc généreusement sa nationalité.

La Suisse a toujours préféré se montrer très restrictive préférant le droit du sang, comme l’Allemagne. Résultat, une deuxième puis une troisième génération d’Italiens sont nées de ce côté-ci des Alpes. L’immigration italienne s’étant passablement réduite depuis les années 1980, la présence d’une aussi vaste communuaté – au moins un demi-million de personnes, si on compte les enfants – devrait interpeller.

Quoi qu’il en soit, l’italianité de la population suisse (les doubles-nationaux comme ceux ne sont qu’Italiens) est spectaculaire. Puissent ceux qui statuent sur le nouveau droit de la naturalisation regarder cette réalité en face.

Italie: découvertes stellaires

Depuis mardi, la presse transalpine regorge d’histoires sur les parlementaires du Mouvement 5 étoiles de Beppe Grillo, qui disent le défi que sera l’incorporation de ces nouveaux venus.

Il y a  par exemple la vidéo de l’élue M5S qui veut réduire les effectifs du  parlement de moitié, mais qui ne sait pas répondre précisément aux journalistes qui l’interrogent: combien y-a-t-il d’élus à la Chambre ou au Sénat?

Dans la même veine, le Corriere raconte aujourd’hui que le néo-sénateur Bartolomeo Pepe ignore le nom et l’emplacement du palais romain où siège le Sénat: « je chercherai sur Google. » Quant à l’élection du nouveau président de la République, une des premières tâches de la nouvelle assemblée, il est incapable d’indiquer selon quelles modalités elle aura lieu.

Dans le genre, Sarah Palin à Montecitorio (Chambre des députés) ou au Palazzo Madama (Sénat), ce n’est pas mal.

Que feront les élus du M5S, lorsqu’ils seront assis dans les travées du Parlement? Au-delà des vociférations de Beppe Grillo, c’est la question à résoudre pour estimer les chances d’un gouvernement italien de durer. En janvier, l’institut demopolis avait demandé aux électeurs du Mouvement ce qu’ils attendaient de leurs potentiels élus: à 58%, ils souhaitaient qu’ils votent les lois au cas par cas; 7% seulement envisagaient de s’allier à un bloc, et 31% souhaitaient une opposition systématique.

Confirmation de cette tendance participative, dans les régions où ils disposent déjà d’élus, les représentants du M5S se sont avérés plus pragmatiques que doctrinaires.

In bocca al lupo