Ni droite ni gauche mais européen?

En Allemagne, la « Grosse Koalition » est à nouveau scellée. En Italie, le gouvernement de « larghe intese », qui mariait le PD à Forza Italia, aura duré, contre toutes attentes, une législature entière. En France, Macron a brouillé les clivages gauche/droite et fait campagne en Européen résolu.

D’où ma question: avec le temps, la dimension supranationale européenne obligeant à gouverner de manière plus technique qu’ idéologique ne favorise-t-elle pas des gouvernements au centre, mélanges de partis de droite et de gauche à la marge de manoeuvre de plus en plus restreinte?  Et celle-ci: le profil brouillé des partis historiques classiques se fait-il  vraiment au détriment des citoyens? Les partis extrémistes au discours simpliste progressent certes, mais perdent de leur superbe dès qu’ils se mettent à exercer une parcelle de pouvoir (voir le Mouvement 5 étoiles en Italie).

Le choix serait-il à l’avenir entre une gouvernance efficace de centre gauche ou de centre droite?  Un peu à la Suisse?

Je reformule encore: est-ce si grave que les clivages se brouillent quand le socle des valeurs européennes, humanistes et républicaines, est commun?

A propos du rôle des journalistes

Dans le débat sur NoBillag, certains font peu de cas  du métier de journaliste. Ces « pôvres journaleux de gauche » n’auraient qu’à disparaître emportés par le flux numérique, chacun devenant son propre producteur d’informations….

Et bien si nous devons mourir. ce ne sera pas sans combattre, et sans redire à quoi nous servons, avons servi, et devrions servir  à l’avenir.

La fonction des journalistes, ce n’est pas seulement d’établir et diffuser de l’information, c’est aussi de vérifier, de trier et de hiérarchiser les informations.

Dans le flux continu qu’internet a créé (et où il y a beaucoup de choses formidables, j’en conviens volontiers), cette fonction au service des citoyens garde toute sa pertinence. Animer le débat public suisse en respectant la déontologie professionnelle est une des missions de la SSR. Cette mission n’est pas soluble dans la logique de marché que proposent les initiants de NoBillag.

La SSR n’a bien sûr pas le monopole de cette mission, la presse écrite, en mains privées, fait aussi son boulot, mais compte tenu de la migration des recettes publicitaires sur le net, elle a perdu la moitié de ses moyens en dix ans. Les rédactions sous pression essayent de réinventer un business model qui garantissent leur indépendance et leur pérennité, mais le moins qu’on puise dire à ce stade est que ce n’est pas gagné d’avance.

J’aimerais ajouter que la fonction des journalistes a toujours été de bousculer les pouvoirs quels qu’ils soient, afin que ceux-ci justifient de leurs actions en toute transparence démocratique. Les journalistes sont perçus « de gauche » surtout parce qu’ils portent un regard critique sur un pouvoir majoritairement à droite (pour ce qui concerne la Suisse).

Le monde du numérique géré par les algorithmes risque d’enfermer les gens dans des bulles . Le rôle des journalistes consistera plus que jamais à faire éclater ces bulles. La SSR n’est pas une bulle, elle est justement une place de village à la quelle, pour un prix raisonnable, tous les habitants de Suisse ont accès, et où ils peuvent confronter leurs points de vue. La démocratie ne peut pas vivre d’une addition de bulles.

 

Les Romands et les Tessinois? Rien à faire

Dans l’histoire No Billag, je suis un peu les discussions en Suisse alémanique, et je suis un peu effarée de voir que les conséquences d’une acceptation de cette initiative sur la RTS, la RSI et les programmes en romanche ne sont pratiquement jamais évoquées.

Les minorités linguistiques que nous sommes bénéficient très très largement de la redevance ( et cela compense l’étroitesse de nos marchés publicitaires). La SSR est la seule institution suisse linguistiquement décentralisée. Elle constitue le seul système péréquatif en faveur des minorités.

Si les partisans alémaniques de No Billag n’en ont cure, j’espère que les Romands, les Tessinois et les Romanches refuseront massivement ce stupide autogoal.

Du swissness au swiss finish, la qualité suisse à géométrie variable?

C’est amusant de voir comment le « swissness » de nos produits  d’exportation, unanimement loué, car témoignant d’une qualité supérieure et d’une fiabilité totale, devient « swiss finish » quand il s’agit de produits bancaires, et se transforme en risque potentiel.

La qualité suisse peut-elle vraiment être à géométrie variable? J’en doute.

Les indépendantistes dans la maison européenne

Plus d’autonomie en Lombardie et Vénétie? Le score est soviétique, la participation très suisse…. plus d’autonomie par rapport à un État central assez inefficace, on peut comprendre. Mais les enjeux financiers ne sont pas très loin: le Nord ne veut plus payer pour le Sud. J’observe que toutes les régions aux envies autonomistes ou indépendantistes veulent rester dans la maison UE. Se posera donc la question de la solidarité entre les régions européennes. Ma suggestion : transformer le Comité des régions en vraie seconde chambre, et inventer un système de péréquation européenne plus claire et compréhensible.

Le poids des mots: dictature

Quand on entend certains indépendantistes catalans dire que le gouvernement espagnol c’est la « dictature » , on se dit que le souvenir de celle de Franco s’est bien estompé en une génération !

Envoyer la police contre des votants est bien sûr scandaleux. Mais du temps de Franco, il n’y avait pas de manifestation dans les rues.

Les mots ont un sens: la dictature, c’est autre chose que la crétinerie, l’aveuglement, les maladresses du gouvernement espagnol.

Trump nous rendra-t-il aussi nos chefs d’oeuvre?

Les Etats-Unis quittent l’UNESCO.

Est-ce vraiment une surprise?

Le désengagement des institutions internationales par les Etats-Unis fut longtemps une espèce d’hypothèse théorique pour les politologues amateurs de futurologie,… on y est, et cela risque de faire mal si l’Europe ne parvient pas à s’affirmer.

C’est le retour à la doctrine Monroe – chacun chez soi.

Dédaignant la protection du patrimoine mondial commun à la société des nations, Trump va-t-il aussi renvoyer tous les chefs d’oeuvre de l’art européen (ou d’ailleurs) dont les musées américains (privés et publics) regorgent?

On notera que ces derniers temps ceux qui ont saboté les efforts de l’UNESCO sont les talibans, les djihadistes islamistes…. et les présidents américains qui prétendent les combattre au nom de valeurs universelles!

P.S. Et Israël qui suit! Alors que Jérusalem est la cité qui symbolise le mieux la notion de patrimoine commun! Affligeant!

texte paru sur le site https://bonpourlatete.com/a-vif/trump-nous-rendra-t-il-aussi-nos-chefs-d-oeuvre

Le fantasme du journalisme sans journalistes

A écouter certains débats sur l’avenir du journalisme ou l’intelligence artificielle prend de plus en plus corps le fantasme du journalisme sans journalistes, dont ont rêvé certains éditeurs.

Au fait, pourquoi rêvaient-ils de remplir leurs journaux sans ceux dont c’est le métier? Parce que fondamentalement les journalistes sont des empêcheurs de tourner en rond, des emmm…. patentés, des ronchons, des grandes gueules, des jamais contents, des toujours critiques, des sceptiques par déformation professionnelle, des gens payés pour douter,…

Bienvenue alors dans le journalisme réalisé par la seule magie des algorithmes?

On sait comment vont les pays où les journalistes ne peuvent pas faire leur boulot librement. Qui a envie d’aller s’y établir? On devrait dès lors mesurer et chérir chaque jour ce que les démocraties doivent à leurs « chiens de garde ».

Une hypothèse: la technologie sert de cache sexe à ceux qui n’aiment pas les remises en question, la contradiction, la contestation…

Sous prétexte d’engranger les clics, on fait croire que la seule plus-value journalistique tiendrait désormais à la forme, et on oublie complètement le fond. Pour produire des contenus lisses, descriptifs ou amusants, on peut se passer de ces satanés journalistes qui ont l’outrecuidance de vouloir déranger, bousculer les certitudes, afin de faire réfléchir.

 

Double-nationaux, le poison instillé par l’UDC

L’UDC a le don de nous fabriquer des polémiques apparemment vaines mais qui instillent dans la société le poison de la division et de la méfiance.

Dernière en date, la mise en doute de la loyauté d’un potentiel élu au Conseil fédéral qui serait bi-national.

Petit rappel: la double nationalité n’est pas un droit ou un privilège. C’est la conséquence d’une histoire de vie et de famille. Respectons nos racines.

La Suisse est le cœur de trois grandes cultures européennes, il est normal que nous ne descendions pas tous en droite ligne des Waldstaetten.

La Suisse est une nation de volonté, de volonté notamment de respecter les minorités, alors ne commençons pas à trier dans les degrés de suissitude certifiée AOC

Insinuer que certains Suisses sont plus suisses que d’autres, c’est la négation de ce que nous sommes, une insulte à notre histoire commune.